Contrats FIDIC aux Émirats : nature juridique et limites d'application

Contrats FIDIC aux Émirats : nature juridique et limites d'application

Dans le secteur de la construction aux Émirats arabes unis, on entend couramment l'expression « la loi FIDIC ». En réalité, FIDIC n'est pas une législation : c'est la Fédération internationale des ingénieurs-conseils, et ce qu'on lui attribue est un ensemble de contrats types qui n'acquièrent aucune force obligatoire à moins que les parties ne les incorporent expressément, auquel cas ils deviennent des stipulations contractuelles soumises au droit émirien et non supérieures à lui. La distinction n'est pas verbale : toute clause FIDIC contraire à une règle impérative est nulle, quelle qu'ait été la volonté des parties. La question a gagné en importance depuis la nouvelle loi sur les transactions civiles et depuis l'entrée en vigueur, à Dubaï, d'une loi locale régissant les activités d'entreprise de construction dont le champ englobe les zones franches et le Centre financier international de Dubaï. Nous exposons ci-après la nature juridique de ces contrats, les limites de leur effet et les règles impératives que le contrat ne peut écarter.

📘Ce qu'est FIDIC et pourquoi l'appellation courante est inexacte

FIDIC est l'acronyme de la Fédération internationale des ingénieurs-conseils, organisation professionnelle internationale non gouvernementale qui publie des contrats types pour les projets de construction et d'infrastructure. Ces modèles n'obligent personne par eux-mêmes et ne font pas partie de l'ordre juridique de l'État : ils entrent dans le contrat par la seule volonté des parties. Les qualifier de « loi » confond ainsi la source contractuelle et la source législative de l'obligation, et conduit en pratique à supposer à tort qu'une clause FIDIC prime un texte législatif.

Le principe directeur
Les modèles FIDIC s'appliquent en tant qu'accord entre les parties et demeurent soumis à la loi sur les transactions civiles ainsi qu'à la législation en vigueur dans l'émirat concerné. Ce qui s'accorde avec la loi produit effet ; ce qui heurte une règle impérative tombe, fût-il écrit au contrat et signé par les deux parties.

📚La gamme FIDIC et les différences entre les modèles

Les principaux modèles FIDIC sont désignés par la couleur de leur couverture, et la différence tient à celui qui assure la conception, à la répartition des risques et au mode de fixation du prix. Le choix d'un modèle inadapté fait peser sur l'une des parties un risque qu'elle n'a pas chiffré.

Modèle
Auteur de la conception
Nature du prix
Le Livre rouge
Le maître de l'ouvrage
Métré sur la base de l'unité
Le Livre jaune
L'entrepreneur
Prix sur critères de performance
Le Livre argent
L'entrepreneur, risques majeurs
Prix forfaitaire
Le Livre vert
L'une ou l'autre partie
Projets réduits et courts

⚖️Les règles impératives que le contrat ne peut écarter

C'est ici qu'apparaît la conséquence pratique la plus importante du caractère contractuel et non législatif de FIDIC, la loi sur les transactions civiles comportant en matière d'entreprise des règles impératives auxquelles aucune convention ne peut déroger.

La garantie décennale de l'entrepreneur et de l'ingénieurLorsque l'objet du contrat est l'édification de bâtiments ou d'autres ouvrages fixes dont l'ingénieur établit la conception et que l'entrepreneur exécute sous sa surveillance, tous deux répondent solidairement de tout effondrement total ou partiel survenu dans les dix années. La garantie couvre les vices compromettant la solidité et la sécurité de l'ouvrage, et le délai court à compter de la réception par le maître de l'ouvrage. Cette responsabilité joue même si l'effondrement provient d'un vice du sol, ou si le maître de l'ouvrage a autorisé une édification défectueuse.
Nullité de toute clause exonératoireEst nulle toute clause tendant à exonérer l'ingénieur ou l'entrepreneur de la garantie ou à la limiter. Les clauses de limitation de responsabilité habituelles des modèles FIDIC, et les plafonds ajoutés dans les conditions particulières, n'atteignent donc pas la garantie décennale, quel que soit le soin de leur rédaction.
L'indemnité conventionnelle et les pénalités de retardLes parties peuvent fixer d'avance le montant de l'indemnité, mais le juge peut réduire l'indemnité conventionnelle si le débiteur établit que l'évaluation était excessive ou qu'une partie de l'obligation principale a été exécutée, et le créancier peut réclamer davantage en cas de dol ou de faute lourde établis. Est nulle toute convention contraire, y compris la stipulation parfois insérée aux conditions particulières selon laquelle les pénalités de retard seraient définitives et insusceptibles de révision.
L'obligation d'information sur les éléments déterminantsLa communication des informations substantielles et déterminantes est une obligation pesant sur les deux parties à la négociation et au contrat. Les parties ne peuvent convenir de la limiter, de l'exclure ou d'y renoncer, et toute clause contraire est nulle. Cela intéresse directement le modèle clés en main, qui met à la charge de l'entrepreneur la vérification des données du site qui lui ont été fournies.

🔄L'évolution de la législation civile et son effet sur les contrats en cours

Un décret-loi fédéral portant nouvelle loi sur les transactions civiles a abrogé la loi de 1985 et ses modifications. Il en résulte que le texte régissant le contrat d'entreprise dépend de la date du contrat et du fait litigieux, non de la date d'introduction de l'instance — point négligé dans les contrats de longue durée qui chevauchent la date d'entrée en vigueur du nouveau texte.

Parmi les innovations majeures figure une disposition relative à la rupture de l'équilibre contractuel : lorsque l'équilibre entre les obligations du maître de l'ouvrage et celles de l'entrepreneur est rompu par des circonstances exceptionnelles générales imprévisibles lors de la conclusion, et que s'effondre la base sur laquelle reposait l'estimation financière, le juge peut, après avoir pesé les intérêts des deux parties, rétablir l'équilibre contractuel en prorogeant le délai d'exécution, en augmentant ou en réduisant le prix, ou prononcer la résolution. L'entrepreneur dispose ainsi d'une voie indépendante des mécanismes FIDIC.

⚙️Les mécanismes FIDIC et leurs équivalents dans la législation émirienne

Nombre de mécanismes tenus pour propres à FIDIC ont leur équivalent dans la législation émirienne. La loi impose à l'entrepreneur ayant contracté sur devis quantitatif à l'unité, et qui constate en cours d'exécution que la réalisation de la conception convenue exige de dépasser les quantités estimées, d'aviser le maître de l'ouvrage du supplément de prix qu'il prévoit ; à défaut, il perd le droit de recouvrer les dépenses excédentaires. C'est en substance un régime de notification à peine de déchéance, voisin du mécanisme de notification familier de FIDIC.

La résiliation à l'initiative du maître de l'ouvrage
Le maître de l'ouvrage peut se dégager du contrat et suspendre l'exécution à tout moment avant l'achèvement, à charge d'indemniser l'entrepreneur de toutes les dépenses engagées, des travaux exécutés et du gain qu'il aurait réalisé si l'ouvrage avait été achevé ; le juge peut réduire l'indemnité au titre du gain manqué lorsque les circonstances rendent cette réduction équitable. Cela correspond à ce que FIDIC nomme résiliation pour convenance, à ceci près que le fondement de l'indemnisation est ici un texte législatif et non une clause.

Quant au sous-traitant, l'entrepreneur peut lui confier tout ou partie des travaux si aucune clause ne l'interdit et si la nature de l'ouvrage n'exige pas une exécution personnelle, et il demeure responsable de lui envers le maître de l'ouvrage. Le sous-traitant ne peut rien réclamer au maître de l'ouvrage sur ce qui est dû à l'entrepreneur principal, sauf délégation consentie par ce dernier — règle qui écarte nombre d'actions directes.

🏗️Le cadre réglementaire des activités d'entreprise de construction à Dubaï

Dubaï a promulgué une loi régissant l'exercice des activités d'entreprise de construction, applicable à tous les entrepreneurs opérant dans l'émirat, y compris les zones de développement spécial et les zones franches, dont le Centre financier international de Dubaï, et excluant les activités relatives aux aéroports, aux infrastructures et à leurs installations. L'inclusion du Centre financier international mérite attention, l'usage supposant son autonomie juridique.

La loi interdit à toute personne physique ou morale d'exercer ces activités dans l'émirat ou de se présenter comme entrepreneur sans être titulaire de la licence commerciale et inscrite au registre. Plus important encore, elle interdit aux particuliers et aux entités publiques et privées de contracter avec une société pour de telles activités si celle-ci n'est pas titulaire de la licence et inscrite au registre. L'obligation pèse donc aussi sur le maître de l'ouvrage, ce qui commande de vérifier l'inscription et le classement avant la signature.

Ce que le modèle FIDIC ignore du cadre local
La loi locale impose à l'entrepreneur d'exécuter lui-même les travaux convenus, par son propre personnel technique, et il ne peut les confier à des tiers que dans les cas prévus et après approbation de l'autorité compétente. L'attribution d'une partie des travaux à un autre entrepreneur suppose en outre qu'aucune clause du contrat ne l'interdise, que cet entrepreneur soit inscrit au registre et son activité adaptée aux travaux confiés, que ces travaux soient recensés et portés à la connaissance de l'autorité compétente, et que son approbation soit obtenue. Les modèles FIDIC n'en disent rien : s'en tenir au contrat expose les deux parties à un manquement réglementaire.

La loi locale oblige également l'entrepreneur à conserver les originaux des contrats d'entreprise, des registres, des documents et des plans qui s'y rapportent pendant dix ans au moins, à compter de la délivrance du certificat d'achèvement ou de l'expiration du contrat, et à les produire à l'autorité compétente sur demande. Ce délai fait écho à celui de la garantie décennale, et son poids probatoire est considérable lorsque le litige naît des années après la réception.

Le manquement est sanctionné par des amendes, assorties de mesures complémentaires : suspension de l'activité pour un an au plus, déclassement, ou radiation du registre et saisine de l'autorité de licence en vue de l'annulation de la licence commerciale. Les agents des autorités compétentes sont investis de la qualité d'officier de police judiciaire et peuvent accéder au siège de l'entrepreneur et aux chantiers et consulter registres et documents.

🏛️Les marchés publics de travaux à Dubaï et la responsabilité devant la Municipalité

Les modèles FIDIC ne s'appliquent pas tels quels aux marchés des entités publiques de Dubaï, dont les achats relèvent de la loi sur les contrats et la gestion des magasins, laquelle comporte un régime complet des marchés de travaux. L'entité publique peut modifier la quantité, la nature ou les spécifications par ordres de service lorsque la modification réduit la valeur du marché, quel qu'en soit le pourcentage, ou l'augmente de trente pour cent au plus du montant total stipulé.

S'agissant des pénalités de retard, une pénalité est due par jour de retard, plafonnée à dix pour cent de la valeur du marché, calculée du seul fait du retard, sans mise en demeure ni preuve du préjudice. Le fournisseur peut néanmoins solliciter la remise des pénalités si le retard tient à un événement imprévu, à la force majeure ou à un fait de l'entité publique elle-même, pièces à l'appui.

Sur le plan de l'autorisation et du contrôle municipal, la législation locale sur les travaux de bâtiment rend l'entrepreneur et l'ingénieur solidairement responsables de l'exécution des travaux et de leur sécurité pendant et après l'exécution, leur responsabilité s'étendant aux bâtiments voisins du chantier et à tout ouvrage public pour les dommages causés. L'entrepreneur répond des infractions commises sur le chantier dès la prise de possession, et l'ingénieur partage cette responsabilité s'il les approuve expressément ou tacitement, l'absence d'instructions tendant à les faire cesser valant approbation tacite.

📑La clause d'arbitrage dans les contrats FIDIC et le sort des renvois à des centres supprimés

La loi sur l'arbitrage exige que la convention d'arbitrage soit écrite à peine de nullité, et l'exigence d'écrit est satisfaite lorsqu'un contrat constaté par écrit renvoie à un contrat type, à une convention internationale ou à tout autre document contenant une clause compromissoire, le renvoi étant clair quant à l'intégration de cette clause au contrat. C'est le fondement qui donne effet à l'incorporation des modèles FIDIC quant à la clause d'arbitrage, à condition que le renvoi soit clair.

Le tribunal saisi d'un litige couvert par une convention d'arbitrage doit déclarer la demande irrecevable si le défendeur le soulève avant toute demande ou défense au fond, sauf s'il constate que la convention est nulle ou inexécutable. L'exception doit donc être soulevée à la première audience et avant toute défense au fond, faute de quoi elle est perdue.

Quant aux contrats anciens renvoyant à des centres d'arbitrage supprimés à Dubaï, le décret organisant le Centre d'arbitrage international de Dubaï tient pour valables et efficaces toutes les conventions d'arbitrage conclues devant les centres supprimés, et substitue le Centre à ceux-ci pour connaître des litiges nés de ces conventions, sauf accord contraire des parties. La clause d'arbitrage ne saurait donc être contestée du seul fait de la suppression du centre désigné au contrat.

Principaux délais et échéances

Délai dont l'expiration éteint le droitDélai de responsabilité ou d'obligation continueÉchéance procédurale administrative
10 ansResponsabilité
La garantie décennale de l'entrepreneur et de l'ingénieur, courant à compter de la réception.
3 ansAction éteinte
L'action en garantie n'est plus recevable passé ce délai depuis l'effondrement ou la découverte du vice.
10 ansObligation continue
Durée de conservation par l'entrepreneur des contrats et documents originaux, dès le certificat d'achèvement ou l'expiration du contrat.
📅30 joursDroit perdu
Délai de recours gracieux contre les mesures, décisions et actes, tranché dans le même délai.
📅30 joursAction éteinte
L'action en annulation d'une sentence n'est plus recevable passé ce délai depuis sa notification.
📅5 jours ouvrablesFormalité administrative
Délai d'information de l'autorité compétente de tout changement affectant l'entrepreneur ou son personnel technique.

💡Conseils juridiques pratiques

1Commencer par les conditions particulières
Ce sont elles qui gouvernent en fait, et le lieu du transfert des risques vers l'entrepreneur ; lisez-les d'abord.
2Vérifier l'inscription et le classement avant de signer
L'interdiction vise aussi le maître de l'ouvrage : contracter avec un non-inscrit est un manquement que le contrat ne répare pas.
3Documenter les notifications en temps utile
Une notification tardive fait perdre le droit au dépassement des quantités, et l'échange oral ne remplace pas l'écrit daté.
4Ne pas se fier au plafond de responsabilité
La clause exonératoire ou limitative de la garantie est nulle ; la couverture d'assurance sert mieux que la rédaction contractuelle.
5Déterminer la loi applicable par la date du contrat
Les contrats chevauchant l'entrée en vigueur du nouveau texte appellent un examen du texte applicable.
6Soulever l'exception d'arbitrage à la première audience
Toute demande ou défense au fond présentée avant elle vous prive du droit de l'invoquer devant le tribunal.

📖Références juridiques

1. Décret-loi fédéral n° 25 de 2025 portant loi sur les transactions civiles.
2. Loi fédérale n° 5 de 1985 portant loi sur les transactions civiles et ses modifications (abrogée).
3. Loi fédérale n° 6 de 2018 relative à l'arbitrage.
4. Décret-loi fédéral n° 42 de 2022 portant code de procédure civile.
5. Loi n° 7 de 2025 régissant l'exercice des activités d'entreprise de construction dans l'émirat de Dubaï.
6. Loi n° 12 de 2020 relative aux contrats et à la gestion des magasins au sein du Gouvernement de Dubaï.
7. Ordonnance locale n° 3 de 1999 régissant les travaux de bâtiment dans l'émirat de Dubaï et ses modifications.
8. Décret n° 34 de 2021 relatif au Centre d'arbitrage international de Dubaï.
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Questions fréquentes

FIDIC est-il une loi obligatoire aux Émirats arabes unis ?
Non. FIDIC est une fédération professionnelle internationale qui publie des contrats types, non un organe législatif. Ses modèles n'obligent que si le contrat les incorpore et restent soumis au droit émirien : toute clause contraire à une règle impérative est nulle.
Peut-on exonérer l'entrepreneur de la garantie décennale ?
Non. La loi sur les transactions civiles frappe de nullité toute clause tendant à exonérer l'ingénieur ou l'entrepreneur de la garantie ou à la limiter, de sorte que les plafonds contractuels de responsabilité n'ont aucun effet sur elle.
Quand court le délai décennal et quand l'action est-elle éteinte ?
Le délai de garantie court à compter de la réception par le maître de l'ouvrage, et l'action en garantie n'est plus recevable passé trois ans depuis l'effondrement ou la découverte du vice ; confondre les deux délais est l'une des premières causes de perte du droit.
Le régime dubaïote des entreprises de construction couvre-t-il les zones franches ?
Oui. Il s'applique à tous les entrepreneurs opérant dans l'émirat, y compris les zones de développement spécial, les zones franches et le Centre financier international de Dubaï, à l'exclusion des activités relatives aux aéroports, aux infrastructures et à leurs installations.
L'entrepreneur peut-il sous-traiter librement ?
Non. Sur le plan contractuel, aucune clause ne doit l'interdire et la nature de l'ouvrage ne doit pas exiger une exécution personnelle ; sur le plan réglementaire local, l'autre entrepreneur doit être inscrit au registre, les travaux confiés recensés et l'approbation de l'autorité compétente obtenue.
Le juge peut-il modifier les pénalités de retard convenues ?
Oui. Il peut les réduire si le débiteur établit que l'évaluation était excessive ou qu'une partie de l'obligation principale a été exécutée, et le créancier peut réclamer davantage en cas de dol ou de faute lourde ; toute convention contraire est nulle.
Que devient un contrat FIDIC renvoyant à un centre d'arbitrage supprimé ?
Les conventions d'arbitrage conclues devant les centres supprimés demeurent valables et efficaces, et le Centre d'arbitrage international de Dubaï connaît des litiges qui en découlent, sauf accord contraire des parties.
Que peut faire l'entrepreneur en cas de hausse exceptionnelle des coûts ?
Si l'équilibre contractuel est rompu par des circonstances exceptionnelles générales imprévisibles lors de la conclusion et que s'effondre la base de l'estimation financière, le juge peut, après avoir pesé les intérêts des deux parties, rétablir l'équilibre en prorogeant le délai, en augmentant ou en réduisant le prix, ou prononcer la résolution.

Avertissement juridique
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