Exécution d'un jugement émirati en Inde : le débiteur est parti, que faire ?
Si un tribunal émirien a rendu un jugement en votre faveur et que le débiteur est parti en Inde, ou y détient ses fonds et ses biens, la réponse directe est la suivante : oui, vous pouvez faire exécuter un jugement émirien en Inde de manière directe, sans recommencer le procès depuis le début devant les tribunaux indiens. Depuis janvier 2020, les Émirats sont, au regard du droit indien, un « territoire réciproque » : le jugement émirien est déposé auprès du tribunal de district indien compétent et exécuté comme s'il émanait de ce tribunal.
Cette voie obéit toutefois à des conditions précises : le jugement doit être définitif et exécutoire, porter sur une somme d'argent, émaner de l'un des tribunaux émiriens désignés dans la notification indienne, et être accompagné d'un certificat indiquant la part déjà exécutée ainsi que d'une traduction certifiée. De son côté, le débiteur ne peut opposer qu'un nombre limité de moyens, parmi lesquels ne figure pas la remise en cause du fond. Ce guide explique l'exécution des jugements entre les Émirats et l'Inde dans les deux sens, et ce dont vous avez besoin auprès d'un avocat en exécution des jugements à Dubaï avant de commencer.
Qu'est-ce qui a changé en janvier 2020 pour l'exécution d'un jugement émirien en Inde ?
Le 25 octobre 1999, les Émirats et l'Inde ont signé à New Delhi un accord de coopération juridique et judiciaire en matière civile et commerciale, couvrant la signification des actes, l'obtention des preuves, ainsi que la reconnaissance et l'exécution des jugements, des transactions et des sentences arbitrales. Les Émirats l'ont ratifié par décret fédéral en 2000. Pourtant, dans le sens Émirats vers Inde, l'accord est resté pratiquement inappliqué pendant une vingtaine d'années, car le droit indien n'autorise l'exécution directe que des jugements des pays que le gouvernement indien déclare « territoire réciproque » par notification au Journal officiel.
C'est cette notification que le ministère indien du Droit et de la Justice a publiée le 17 janvier 2020, avec parution le lendemain. Avant elle, le créancier émirien devait engager une nouvelle action civile en Inde dans laquelle le jugement émirien ne valait que comme preuve, avec les années et les frais que cela suppose. Après elle, l'exécution d'un jugement émirien en Inde est devenue une requête en exécution et non plus un procès, ce qui rend réellement utile la poursuite contre une personne en dehors des Émirats lorsque ses actifs se trouvent en Inde.
Quels jugements émiriens peuvent être exécutés directement en Inde ?
L'exécution directe ne s'étend pas à tout ce qu'émettent les tribunaux émiriens. En vertu du code de procédure civile indien, la voie directe est réservée aux jugements condamnant au paiement d'une somme d'argent, à l'exclusion des impôts, taxes, amendes et pénalités, et à l'exclusion des sentences arbitrales qui suivent leur propre voie. L'accord lui-même exclut les mesures provisoires et conservatoires.
Les jugements pécuniaires définitifs : dettes, dommages-intérêts, créances commerciales et bancaires ; c'est la catégorie la plus large et la plus facile à exécuter.
Les décisions civiles rendues par les juridictions pénales : expressément visées par l'accord, à condition que l'objet de l'exécution soit le volet civil (l'indemnisation) et non la peine.
Les sentences arbitrales : exécutées en Inde par la voie de la Convention de New York, à laquelle les Émirats et l'Inde sont parties, et non par la voie de la notification directe. Voir notre guide des procédures d'arbitrage aux Émirats.
Ce qui sort de la voie directe : les ordonnances provisoires comme la saisie conservatoire, les amendes, et les jugements non définitifs ou encore susceptibles de recours.
Les tribunaux émiriens reconnus dans la notification indienne
La notification indienne désigne nommément les tribunaux émiriens considérés comme des « juridictions supérieures » dont les jugements sont exécutés directement : la Cour suprême fédérale ; les tribunaux fédéraux de première instance et d'appel des émirats d'Abou Dhabi, Charjah, Ajman, Oumm al-Qaïwaïn et Foujaïrah ; les juridictions locales du Département judiciaire d'Abou Dhabi, des tribunaux de Dubaï et du Département judiciaire de Ras al-Khaïmah ; ainsi que les tribunaux d'Abu Dhabi Global Market et du Centre financier international de Dubaï.
L'inclusion des tribunaux du DIFC et de l'ADGM a un effet pratique considérable : leurs jugements sont rendus en anglais selon des procédures familières aux juridictions indiennes, ce qui épargne au créancier la traduction et abrège le débat sur la compétence. Lors de la rédaction de contrats avec des contreparties indiennes, il est donc recommandé d'envisager une clause attributive de compétence en faveur de ces tribunaux lorsque la nature de l'opération le permet. Voir la juridiction chargée des conflits de compétence à Dubaï pour comprendre les limites de la compétence des tribunaux du Centre.
Les étapes de l'exécution d'un jugement émirien en Inde
La procédure se déroule en quatre étapes, qui commencent aux Émirats et s'achèvent devant le tribunal de district en Inde. La plupart des requêtes qui échouent échouent aux deux premières étapes, non devant le juge indien.
VÉRIFICATION
DOCUMENTATION
DÉPÔT
EXÉCUTION
Quels moyens de défense le débiteur peut-il opposer en Inde ?
L'accord et le droit indien fixent ensemble les cas de refus de reconnaissance ou d'exécution du jugement. La liste est limitative, et « le jugement est erroné au fond » n'en fait pas partie. Le débiteur peut soutenir que le jugement :
n'est pas définitif ou n'est pas exécutoire dans le pays où il a été rendu ;
a été rendu par un tribunal incompétent selon les règles de compétence convenues dans l'accord, par exemple lorsque le débiteur n'avait ni domicile, ni succursale, ni activité aux Émirats, que le contrat n'y était pas exécutable et qu'il ne s'était pas soumis à ses tribunaux ;
n'a pas statué au fond, ou paraît manifestement fondé sur une conception erronée du droit international ;
a été obtenu dans une procédure contraire aux principes de la justice naturelle, ou par fraude ;
consacre une prétention fondée sur la violation d'une loi en vigueur, contrevient à l'ordre public indien, ou méconnaît les règles de représentation des incapables ;
a été rendu par défaut sans que le défendeur ait été régulièrement cité selon les règles applicables dans son pays ;
porte sur un litige déjà pendant devant un tribunal indien entre les mêmes parties, introduit avant l'affaire émirienne.
Protéger le jugement contre ces moyens commence donc aux Émirats : prouver la signification, documenter le fondement de la compétence du tribunal émirien dans le contrat ou le lieu d'exécution, et veiller à la régularité de la preuve. Voir la preuve de la dette sans document écrit aux Émirats pour savoir ce que les tribunaux admettent comme preuve.
Et dans le sens inverse : exécuter un jugement indien aux Émirats
Si vous détenez un jugement d'un tribunal indien et souhaitez l'exécuter sur les biens du débiteur à Dubaï ou dans un autre émirat, la voie est différente. En vertu de la loi émirienne de procédure civile, la demande d'exécution est présentée directement au juge de l'exécution sous forme de requête et tranchée par ordonnance en quelques jours, sans procès distinct. Le juge vérifie que le tribunal indien était compétent et que les tribunaux émiriens n'ont pas de compétence exclusive sur le litige, que les parties ont été régulièrement citées et représentées, que le jugement est définitif et qu'il ne contredit ni un jugement émirien antérieur ni l'ordre public.
La réciprocité était autrefois la condition la plus discutée dans ce sens, mais depuis la notification indienne elle ne fait plus débat : chaque pays exécute les jugements de l'autre en vertu d'un accord en vigueur et d'une notification officielle. Tous les détails de cette voie figurent dans notre article sur l'exécution d'un jugement étranger aux Émirats, et si vous êtes le débiteur, voir la suspension de l'exécution et l'annulation du titre exécutoire.
Quand plaider devant les tribunaux du DIFC est-il le choix le plus judicieux ?
Lorsque votre cocontractant est indien ou que ses actifs sont en Inde, le choix de la juridiction au stade de la rédaction du contrat détermine la facilité de l'exécution des années plus tard. Les tribunaux du DIFC et de l'ADGM sont nommément désignés dans la notification indienne, leurs jugements sont rendus en anglais et leurs procédures sont familières aux avocats et juges indiens. Cela n'écarte pas la voie des tribunaux locaux, qui reste la règle dans la plupart des litiges, mais cela fait de la clause de compétence une décision commerciale à étudier avec un avocat avant la signature, et non après la naissance du litige. Voir avocats internationaux à Dubaï et le recouvrement des créances aux Émirats.
Conseils pratiques avant d'exécuter un jugement émirien en Inde
Références juridiques
Décret-loi fédéral n° 42 de 2022 portant promulgation de la loi de procédure civile.
Accord de coopération juridique et judiciaire en matière civile et commerciale entre les Émirats arabes unis et la République de l'Inde, signé à New Delhi le 25 octobre 1999, et le décret fédéral de 2000 portant sa ratification.
Code de procédure civile indien de 1908.
Notification G.S.R. 38(E) du ministère indien du Droit et de la Justice du 17 janvier 2020 déclarant les Émirats arabes unis territoire réciproque.
Loi fédérale n° 6 de 2018 sur l'arbitrage, et Convention de New York de 1958 pour la reconnaissance et l'exécution des sentences arbitrales étrangères.

