Fermeture de l'entreprise en difficulté : liquidation ou faillite
Lorsqu'une entreprise fait face à de réelles difficultés financières qui compromettent la poursuite de son activité, ses dirigeants se trouvent à un carrefour juridique sensible : faut-il régler la situation par une liquidation amiable où les litiges avec les créanciers sont réglés à l'amiable, ou faut-il engager une procédure de faillite formelle devant le tribunal compétent ? Le choix de la mauvaise voie peut exposer les dirigeants et associés à une responsabilité personnelle qui n'aurait jamais existé si la procédure adéquate avait été suivie au bon moment. Cet article présente les différences fondamentales entre ces deux voies, et précise dans quels cas chacune constitue le choix juridique le plus approprié.
Quand une entreprise est-elle juridiquement considérée comme « en difficulté financière » ?
Une simple baisse des bénéfices ou un ralentissement des encaissements ne suffisent pas à qualifier juridiquement une entreprise de défaillante. Au sens juridique, la défaillance financière survient lorsque l'entreprise cesse de payer ses dettes échues et exigibles pendant une période supérieure à trente jours ouvrables à compter de leur échéance, ou lorsque ses indicateurs financiers révèlent que son passif dépasse son actif au point de rendre le paiement impossible. Cette distinction est essentielle, car la loi fédérale relative à la faillite et à la restructuration financière impose aux dirigeants d'entreprise d'agir juridiquement dès la survenance de cette situation, plutôt que d'attendre l'aggravation de la crise.
Première option : la liquidation amiable et le règlement des litiges avec les créanciers
Si les actifs de l'entreprise demeurent suffisants, ou proches de l'être, pour couvrir ses engagements, et que les créanciers sont ouverts à la négociation, la liquidation amiable reste l'option la plus appropriée. Cette voie repose sur une négociation directe avec les créanciers afin de parvenir à des accords — que ce soit par rééchelonnement des dettes, abandon partiel de créances, ou compensation par des actifs en nature — suivie de l'achèvement des procédures habituelles de liquidation volontaire une fois les accords stabilisés. Cette méthode se caractérise par sa rapidité et sa souplesse relatives, ainsi que par la préservation de la réputation commerciale des associés et dirigeants, comparée à une procédure de faillite judiciaire.
Deuxième option : le recours à une procédure de faillite formelle
Lorsque le passif de l'entreprise dépasse manifestement son actif, ou que les créanciers refusent un règlement amiable, ou que plusieurs actions judiciaires sont engagées à son encontre, le recours à une procédure de faillite devant le tribunal compétent devient la voie juridique la plus sûre. La loi fédérale relative à la faillite et à la restructuration financière prévoit plusieurs dispositifs : des procédures de restructuration préventive pour les entreprises viables, des procédures de réorganisation financière sous supervision judiciaire, et des procédures de faillite (liquidation judiciaire) pour les entreprises qui ne peuvent être sauvées. L'ouverture d'une procédure de faillite entraîne la suspension de toutes les actions individuelles contre l'entreprise et gèle les poursuites individuelles des créanciers, offrant à l'entreprise une protection temporaire le temps de régulariser sa situation.
La différence entre restructuration financière, faillite et liquidation
Beaucoup de chefs d'entreprise confondent ces trois notions malgré leurs différences fondamentales. La restructuration financière vise à sauver une entreprise viable en rééchelonnant ses dettes et en ajustant sa structure de financement, tout en demeurant sous la direction de ses propriétaires ou sous supervision judiciaire temporaire. La procédure de faillite, quant à elle, s'ouvre lorsqu'il devient évident que la poursuite de l'activité n'est plus possible, et peut se conclure soit par une liquidation judiciaire des actifs de l'entreprise et leur répartition entre créanciers selon un ordre de priorité légal, soit par un règlement préventif préservant l'entreprise. La liquidation, dans son sens général (volontaire ou judiciaire), constitue la phase finale qui met un terme à l'existence juridique de l'entreprise après la réalisation de ses actifs et le paiement de ce qui peut l'être de ses dettes.
Responsabilité du dirigeant et des associés en cas de défaillance financière
La loi impose au dirigeant d'une entreprise en difficulté une obligation explicite de solliciter l'ouverture d'une procédure de restructuration ou de faillite dans un délai déterminé à compter de la cessation des paiements. Le manquement à cette obligation peut engager sa responsabilité personnelle pour les dommages subis par les créanciers du fait du retard. La responsabilité personnelle peut également résulter d'une fraude ou d'actes préjudiciables aux créanciers, tels que le fait de favoriser illégalement un créancier au détriment d'un autre, de disposer des actifs de l'entreprise peu avant la faillite dans l'intention de nuire aux droits des créanciers, ou de continuer à contracter avec des tiers tout en sachant avec certitude l'impossibilité d'honorer ses engagements.
Comment choisir la bonne voie ? Critères de décision
Le choix de la voie la plus appropriée dépend d'une évaluation minutieuse de plusieurs facteurs : la suffisance des actifs de l'entreprise pour couvrir ses engagements, la disposition des créanciers à négocier, le nombre de créanciers et la dispersion de leurs créances, ainsi que la viabilité fondamentale de la poursuite de l'activité. S'il existe une réelle chance de poursuivre l'activité après restructuration, la négociation amiable ou la restructuration préventive constitue le choix optimal. Si cela s'avère impossible, ou si la relation avec les créanciers se complique, le recours précoce à une procédure de faillite formelle protège les dirigeants de leur responsabilité personnelle et garantit une répartition équitable et organisée des actifs restants.
Conseils pratiques face à une difficulté financière de l'entreprise
1- N'attendez pas que l'entreprise cesse totalement de payer ; agir tôt élargit vos options juridiques et réduit votre responsabilité personnelle.
2- Évitez de favoriser sélectivement un créancier au détriment d'un autre sans fondement juridique, cela pouvant être considéré comme un acte préjudiciable aux créanciers.
3- Documentez par écrit toutes les correspondances et accords avec les créanciers tout au long de la phase de négociation.
4- Consultez un avocat spécialisé dès que possible afin d'évaluer si un règlement amiable ou une procédure de faillite constitue la voie la plus adaptée à votre situation.
Références juridiques
1- Décret-loi fédéral n° 51 de 2023 relatif à la faillite et à la restructuration financière.
2- Loi fédérale n° 32 de 2021 relative aux sociétés commerciales.
3- Décret-loi fédéral n° 50 de 2022 portant promulgation de la loi sur les transactions commerciales.
4- Décret-loi fédéral n° 33 de 2021 relatif à la réglementation des relations de travail.

