Droit de la famille des Émirats

Comment prouver la filiation selon la loi émiratie

Comment prouver la filiation selon la loi émiratie

La filiation (nasab) compte parmi les droits les plus importants que la loi tient à préserver, en raison des effets fondamentaux qui en découlent et qui touchent à l'identité de l'enfant et à ses droits à la pension, à l'héritage, à la garde et aux soins. Le législateur émirien a accordé une attention particulière à la question de l'établissement de la filiation dans la nouvelle loi sur le statut personnel : il en a défini les modes de preuve et leurs conditions, a encadré les cas dans lesquels il est recouru aux méthodes scientifiques telles que le test ADN, et a précisé les cas où l'action en négation de filiation n'est pas recevable, ainsi que la seule voie pour sa négation. La compréhension de ces dispositions protège les droits de l'enfant et de la famille et épargne aux parties des litiges susceptibles de se prolonger.

Comment établit-on la filiation (nasab) en droit émirien du statut personnel ?

Premièrement : les modes d'établissement de la filiation

La loi a clairement défini les modes d'établissement de la filiation de l'enfant à l'égard de son père et de sa mère. La filiation de l'enfant à l'égard de son père s'établit par la naissance dans le cadre d'un contrat de mariage, par la reconnaissance, par la preuve, ou par les méthodes scientifiques. Quant à la filiation de l'enfant à l'égard de sa mère, elle s'établit par la preuve de la naissance.

Naissance dans un contrat de mariage

La filiation de l'enfant à l'égard de son père s'établit s'il est né d'un lit conjugal existant, sous réserve des conditions de délai relatives à la durée de la grossesse.

La reconnaissance

La reconnaissance de paternité par le père sous des conditions déterminées, même si elle est faite durant la maladie de la mort.

La preuve

L'établissement de la filiation par les preuves et le témoignage recevable devant le tribunal.

Les méthodes scientifiques

Le recours au test ADN dans les cas déterminés par la loi.

Deuxièmement : l'établissement de la filiation durant un mariage existant et la durée de la grossesse

La loi a lié l'établissement de la filiation durant le mariage à la durée de la grossesse, fixant la durée minimale de la grossesse à cent quatre-vingts jours et la durée maximale à trois cent soixante-cinq jours, sauf décision contraire d'une commission médicale constituée à cette fin.

Durée minimale de la grossesse
180
jours à compter de la date du contrat de mariage
Durée maximale de la grossesse
365
jours, sauf décision contraire d'une commission médicale

En conséquence, la filiation de l'enfant à l'égard de son père s'établit s'il naît durant l'existence du contrat de mariage après l'expiration de la durée minimale de la grossesse à compter de la date du contrat, ou après la cessation du contrat avant l'expiration de la durée maximale de la grossesse — sauf s'il est établi que la rencontre entre les époux était impossible.

Troisièmement : les conditions d'établissement de la filiation par la reconnaissance

La reconnaissance de paternité est un mode d'établissement de la filiation, même si elle est faite durant la maladie de la mort, mais elle est subordonnée à des conditions précises pour produire son effet :

 

La capacité de l'auteur de la reconnaissance : qu'il soit majeur, sain d'esprit et agissant librement.

 

La filiation inconnue de l'enfant : que l'enfant soit de filiation inconnue.

 

La confirmation par le bénéficiaire de la reconnaissance : qu'il le confirme s'il est majeur et sain d'esprit.

 

Une différence d'âge plausible : que la différence d'âge entre l'auteur de la reconnaissance et l'enfant rende la véracité de la reconnaissance plausible.

Le pouvoir du tribunal

Le tribunal peut — chaque fois qu'il le juge opportun — ordonner la réalisation d'un test ADN afin de vérifier la validité de la reconnaissance de paternité.

Quatrièmement : l'établissement de la filiation par le test ADN

La loi a permis au tribunal, dans des cas déterminés, d'ordonner un test ADN conformément à la législation en vigueur, et de statuer selon le résultat auquel aboutit le test. Ces cas comprennent :

 

Les cas exceptionnels appréciés par le tribunal.

 

La confusion des nouveau-nés dans les hôpitaux.

 

Les cas d'accidents ou de catastrophes.

 

Un litige sur l'établissement de la filiation de l'enfant, ou à la demande d'une autorité compétente.

Conditions pour statuer sur le résultat du test

Avant de statuer sur le résultat du test ADN, le tribunal doit vérifier deux éléments : que l'enfant est de filiation inconnue, et que la différence d'âge rend l'attribution de l'enfant plausible.

Cinquièmement : l'établissement de la filiation par la reconnaissance de l'épouse

Si l'auteur de la reconnaissance est une femme mariée ou en délai de viduité, la filiation de l'enfant à l'égard de son mari ne s'établit que dans l'une de deux situations : que le mari reconnaisse la filiation selon les conditions prescrites pour la reconnaissance de paternité, ou que la preuve établisse que la naissance a eu lieu dans le cadre d'un contrat de mariage valide, irrégulier ou nul.

Sixièmement : quand l'action en négation de filiation n'est-elle pas recevable ?

Dans l'intérêt de la stabilité de la filiation et de la protection de l'enfant, la loi a disposé que si la filiation est établie conformément aux modes de preuve reconnus — la naissance dans le cadre d'un contrat de mariage, la reconnaissance avec ses conditions, le test ADN et la reconnaissance de l'épouse — l'action en négation n'est dès lors plus recevable.

La règle de la stabilité de la filiation

Dès lors que la filiation est établie par un mode légalement reconnu, elle devient fixe et ne peut être remise en cause par une action en négation, en protection des droits de l'enfant.

Septièmement : la négation de la filiation de l'enfant par liʿan

La loi a fait du liʿan (imprécation mutuelle) la seule voie par laquelle le mari peut nier la filiation de l'enfant à son égard, et cela ne peut avoir lieu que lorsque deux conditions sont réunies ensemble :

 

Le délai : que le mari introduise l'action dans les quinze jours à compter de la date à laquelle il a connaissance de la naissance.

 

L'absence de reconnaissance antérieure : que la négation n'ait pas été précédée d'une reconnaissance de paternité de sa part, expresse ou tacite.

Huitièmement : l'examen de l'action en liʿan et ses effets

La loi a réglementé la manière dont une action en liʿan est examinée et ses conséquences comme suit : si une action en liʿan est introduite pour nier la filiation de l'enfant, le tribunal l'examine après la réalisation d'un test ADN sur son ordre, si la femme y consent ; si la femme ne consent pas au test ADN, le tribunal poursuit l'examen de l'action en liʿan sans celui-ci. Le liʿan pour nier la filiation a lieu devant le tribunal selon la formule prescrite par la charia ; et si l'homme prête les serments du liʿan et que la femme s'abstient de les prêter, le tribunal statue sans ses serments.

L'effet du liʿan et la possibilité de revenir dessus

Le liʿan entraîne la négation de la filiation de l'enfant. Néanmoins, la filiation de l'enfant est établie — même après un jugement la niant — si l'homme se dément lui-même, et sa négation n'est plus recevable de sa part par la suite.

Agissez dans le délai légal
Si le mari souhaite nier la filiation par liʿan, il doit introduire l'action dans les quinze jours à compter de sa connaissance de la naissance, faute de quoi son droit s'éteint.
Méfiez-vous de la reconnaissance tacite
Toute reconnaissance de paternité, expresse ou tacite, fait ultérieurement obstacle à la négation de la filiation par liʿan ; soyez donc attentif à vos actes et à vos propos.
Documentez le contrat de mariage
La documentation du contrat de mariage et de ses dates est une base importante pour établir la filiation lors du calcul de la durée de la grossesse et de la rencontre entre les époux.
Faites appel à un avocat spécialisé
Les actions visant à établir et à nier la filiation sont précises et sensibles ; consultez un avocat spécialisé avant toute démarche pour protéger les droits de l'enfant et de la famille.

Questions fréquentes : l'établissement de la filiation en droit émirien du statut personnel

Quels sont les modes d'établissement de la filiation en droit émirien ?
La filiation de l'enfant à l'égard de son père s'établit par quatre modes : la naissance dans le cadre d'un contrat de mariage, la reconnaissance, la preuve, ou les méthodes scientifiques telles que le test ADN. La filiation de l'enfant à l'égard de sa mère s'établit par la preuve de la naissance.
Quelles sont les durées minimale et maximale de la grossesse pour établir la filiation ?
La durée minimale de la grossesse est de cent quatre-vingts jours, et la durée maximale de trois cent soixante-cinq jours, sauf décision contraire d'une commission médicale constituée à cette fin.
Quand la filiation d'un enfant né durant le mariage est-elle établie à l'égard de son père ?
Sa filiation à l'égard de son père est établie s'il naît durant l'existence du contrat de mariage après l'expiration de la durée minimale de la grossesse à compter de la date du contrat, ou après la cessation du contrat avant l'expiration de la durée maximale de la grossesse, sauf s'il est établi que la rencontre entre les époux était impossible.
Quelles sont les conditions d'établissement de la filiation par la reconnaissance de paternité ?
Il est exigé que l'auteur de la reconnaissance soit majeur, sain d'esprit et agissant librement ; que l'enfant soit de filiation inconnue ; que le bénéficiaire de la reconnaissance le confirme s'il est majeur et sain d'esprit ; et que la différence d'âge entre l'auteur de la reconnaissance et l'enfant rende la véracité de la reconnaissance plausible. La reconnaissance est valable même durant la maladie de la mort.
Quand peut-on recourir au test ADN pour établir la filiation ?
Le tribunal peut ordonner un test ADN dans les cas exceptionnels, en cas de confusion des nouveau-nés dans les hôpitaux, dans les accidents et les catastrophes, en cas de litige sur l'établissement de la filiation, ou à la demande d'une autorité compétente, et il statue sur le résultat conformément aux conditions prescrites.
Le tribunal statue-t-il directement sur le résultat du test ADN ?
Le tribunal statue selon le résultat auquel aboutit le test après avoir vérifié deux éléments : que l'enfant est de filiation inconnue, et que la différence d'âge rend l'attribution de l'enfant plausible.
La filiation de l'enfant d'une femme mariée est-elle établie par sa seule reconnaissance ?
Non. Si l'auteur de la reconnaissance est une femme mariée ou en délai de viduité, la filiation de l'enfant à l'égard de son mari ne s'établit que par la reconnaissance du mari selon les conditions prescrites, ou par une preuve établissant que la naissance a eu lieu dans le cadre d'un contrat de mariage valide, irrégulier ou nul.
Quand l'action en négation de filiation n'est-elle pas recevable ?
Si la filiation est établie conformément aux modes de preuve reconnus — la naissance dans le cadre d'un contrat de mariage, la reconnaissance avec ses conditions, le test ADN et la reconnaissance de l'épouse — l'action en négation n'est dès lors plus recevable.
Comment un mari peut-il nier la filiation de l'enfant à son égard ?
Un mari ne peut nier la filiation de l'enfant à son égard que par le liʿan, à condition qu'il introduise l'action dans les quinze jours à compter de la date à laquelle il a connaissance de la naissance, et qu'il n'ait pas antérieurement fait une reconnaissance de paternité, expresse ou tacite.
Quel est l'effet du liʿan sur la filiation ? Et peut-on revenir dessus ?
Le liʿan entraîne la négation de la filiation de l'enfant. Néanmoins, la filiation de l'enfant est établie même après un jugement la niant si l'homme se dément lui-même, et sa négation n'est plus recevable de sa part par la suite.
Que se passe-t-il si la femme refuse de se soumettre à un test ADN dans une action en liʿan ?
Si la femme ne consent pas au test ADN, le tribunal poursuit l'examen de l'action en liʿan sans celui-ci. Et si l'homme prête les serments du liʿan et que la femme s'abstient de les prêter, le tribunal statue sans ses serments.
Comment la filiation de l'enfant à l'égard de sa mère est-elle établie ?
La filiation de l'enfant à l'égard de sa mère s'établit par la preuve de la naissance.
Références juridiques
  • Décret-loi fédéral n° (41) de 2024 portant promulgation de la loi sur le statut personnel — Chapitre six (la filiation) — (décret-loi).
  • Loi fédérale n° (28) de 2005 relative au statut personnel et ses amendements — (loi fédérale), que le décret-loi ci-dessus a remplacée.

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Avertissement juridique

Cet article revêt un caractère purement informatif et de sensibilisation et ne constitue pas une consultation juridique. Chaque cas comporte des circonstances particulières susceptibles d'influer sur la qualification juridique et sur les conséquences qui en découlent. Veuillez obtenir un conseil juridique spécialisé adapté à votre situation avant d'entreprendre toute démarche. En cas de divergence dans la traduction, le texte arabe fait foi en tant que référence prépondérante.