Crimes de sorcellerie aux Émirats : quelles sanctions ?
Quelle est la sanction de la sorcellerie et du charlatanisme aux Émirats arabes unis ? La réponse directe : la loi émiratie sur les crimes et les peines punit d'emprisonnement et d'une amende d'au moins 50 000 dirhams quiconque se livre à des actes de sorcellerie, de charlatanisme ou de tromperie dans le but d'exploiter autrui ou de lui nuire, que ces actes soient réels ou simulés, rémunérés ou non, avec l'expulsion de l'étranger du pays et la confiscation des objets saisis. L'incrimination ne s'arrête pas au sorcier : elle vise également celui qui recourt à ses services pour influencer autrui, celui qui importe ou détient des livres, talismans et instruments de sorcellerie, et celui qui fait la promotion de ces pratiques par quelque moyen que ce soit. Nombreux sont ceux qui tombent sous le coup de ces infractions sans en mesurer la gravité : un voyageur dans la valise duquel on découvre des talismans à l'aéroport, une personne qui s'est adressée à un « guérisseur spirituel » sur les réseaux sociaux, ou une victime qui a versé son argent à quelqu'un prétendant rompre un sortilège. Dans cet article, nous exposons les crimes de sorcellerie et de charlatanisme aux Émirats et les peines encourues, ainsi que la conduite à tenir si vous êtes mis en cause ou victime.
Que sanctionne la loi émiratie en matière de sorcellerie et de charlatanisme ?
Les crimes de sorcellerie et de charlatanisme sont aujourd'hui régis par le décret-loi fédéral n° (31) de 2021 portant promulgation de la loi sur les crimes et les peines, qui a remplacé l'ancien Code pénal. Il importe de noter que de nombreux sites reproduisent encore les dispositions de la loi abrogée et donnent ainsi au lecteur des informations inexactes sur sa situation juridique.
La loi emploie l'expression « actes de tromperie, de sorcellerie ou de charlatanisme » et y range tout acte, toute parole ou tout procédé illicite ou contraire à la raison visant à influer sur le corps, le cœur, l'esprit ou la volonté d'autrui, directement ou indirectement, réellement ou de manière imaginaire. Elle vise également le fait d'abuser le regard des gens ou de s'emparer de leurs sens pour leur faire percevoir une chose autrement qu'elle n'est, dans le but de les exploiter ou d'influencer leurs croyances. Ce qui compte n'est donc pas que la sorcellerie soit « réelle », mais l'acte lui-même et l'intention d'exploiter ou de nuire.
La sanction de la sorcellerie et du charlatanisme aux Émirats
La responsabilité est graduée selon le rôle de chacun dans les faits :
Celui qui pratique la sorcellerie ou le charlatanisme
L'emprisonnement et une amende d'au moins 50 000 dirhams ; l'expulsion du condamné étranger est obligatoirement prononcée, de même que la confiscation des objets saisis dans tous les cas.
Celui qui recourt à un sorcier ou à un charlatan
L'emprisonnement et l'amende, ou l'une de ces deux peines seulement, pour quiconque a recours à autrui pour ces actes dans le but d'influer sur le corps, le cœur, l'esprit ou la volonté d'un tiers.
Celui qui importe ou détient des instruments de sorcellerie
L'emprisonnement et l'amende, ou l'une de ces deux peines seulement, pour quiconque apporte, importe ou introduit dans le pays, détient ou cède des livres, talismans, substances ou instruments destinés à ces actes.
Celui qui fait la promotion de la sorcellerie
L'emprisonnement et l'amende, ou l'une de ces deux peines seulement, pour quiconque fait la promotion, par quelque moyen que ce soit, de tout acte de tromperie ou de sorcellerie, notamment par des annonces sur les réseaux sociaux.
Consulter un sorcier est également puni
Beaucoup pensent que la peine ne frappe que le sorcier et que celui qui commande un « travail » pour attirer l'amour, séparer deux époux ou nuire à une personne n'est qu'un simple client. Or la loi punit expressément quiconque a recours à autrui pour ces actes afin d'influencer un tiers. En octobre 2026, le Parquet de Dubaï a renvoyé une prévenue devant le tribunal correctionnel dans une affaire de recours au charlatanisme, ce qui confirme que ces faits sont effectivement poursuivis en justice. Ainsi, celui qui s'est compromis en commandant un tel acte puis souhaite dénoncer le charlatan a besoin d'une évaluation juridique précise de sa situation avant toute démarche, afin de ne pas passer du statut de dénonciateur à celui de prévenu.
Saisie de matériel de sorcellerie à l'aéroport : que se passe-t-il ?
Les douanes des aéroports du pays saisissent régulièrement des talismans, des livres et des objets soupçonnés de servir à la sorcellerie, et leur porteur est déféré aux services de sécurité et au ministère public. Importer ou détenir ces objets constitue une infraction distincte, même si la personne n'a pratiqué aucun acte. Mais tout ce qui est saisi n'est pas une preuve de culpabilité : le voyageur peut transporter des objets dont il ignore la nature, un dépôt que lui a confié un proche, ou des articles à caractère religieux ou patrimonial soupçonnés à tort. Le rôle de l'avocat est alors déterminant dès le premier interrogatoire : établir l'absence de connaissance et d'intention, examiner la nature des objets saisis et épargner à l'étranger l'expulsion qu'entraîne une condamnation pour l'infraction de pratique.
Le « guérisseur spirituel » et l'escroquerie sous couvert de rompre un sortilège
Sur les réseaux sociaux se multiplient ceux qui se présentent comme des « guérisseurs spirituels » ou des « thérapeutes », promettant de rompre un sortilège, d'attirer la prospérité ou de faire revenir l'être aimé, avant de réclamer des virements à répétition. Ces agissements peuvent cumuler plusieurs infractions : le charlatanisme lui-même et l'escroquerie visant à s'approprier des fonds. Lorsqu'ils sont commis en ligne, la loi sur la lutte contre les rumeurs et la cybercriminalité punit l'escroquerie électronique d'un emprisonnement d'au moins un an et d'une amende d'au moins 250 000 dirhams et d'au plus 1 million de dirhams, ou de l'une de ces deux peines, et punit également quiconque crée ou utilise un compte destiné à commettre une infraction. Lire aussi : « Victime d'une escroquerie sur Instagram ou TikTok : comment déposer plainte ? ».
La victime a le droit de porter plainte et de réclamer la restitution des sommes versées, mais la démarche exige de la précision : si sa propre demande visait à influencer autrui, sa responsabilité peut elle aussi être engagée. Le cabinet évalue d'abord les faits et détermine la formulation adéquate de la plainte et des demandes qui protègent vos droits sans vous placer dans le cercle des accusés.
Si vous savez qui vous a ensorcelé : comment porter plainte et comment prouver ?
Le soupçon seul ne suffit pas à faire condamner quiconque, et la justice pénale n'admet pas les accusations fondées sur des visions ou sur les dires de ceux qui prétendent détecter la sorcellerie. Seule compte la preuve matérielle : messages et conversations, virements financiers, témoins et objets saisis en possession du mis en cause. La plainte est déposée auprès de la police ou du ministère public par leurs canaux officiels. Gardez-vous d'accuser sans preuve, car l'accusation pourrait se retourner contre vous sous la forme d'une dénonciation calomnieuse pour laquelle la personne mise en cause vous réclamerait des dommages-intérêts. Un tribunal d'Abou Dhabi a d'ailleurs examiné une action en réparation intentée par un homme contre une femme qui l'avait accusé de sorcellerie, ce qui montre que ces plaintes ouvrent des voies judiciaires dans les deux sens.
Pourquoi la loi incrimine-t-elle même ce qui se présente comme un remède ?
La loi incrimine l'acte qu'il soit réel ou simulé, rémunéré ou non ; la défense selon laquelle le but était thérapeutique ou bienveillant n'est donc pas recevable. C'est le prolongement d'une règle de jurisprudence islamique bien connue de l'école malékite, le « blocage des moyens » (sadd al-dhara'i), qui consiste à interdire le moyen menant le plus souvent au mal, même s'il prétend apporter un bienfait. Ouvrir la porte au « traitement par la sorcellerie » servirait de prétexte à sa pratique, à son commerce et à l'exploitation des personnes ; le législateur l'a donc entièrement fermée pour protéger la société et ses croyances. Pour les infractions voisines, lire « Les atteintes aux croyances et aux rites religieux aux Émirats ».
Comment notre cabinet vous accompagne-t-il dans les affaires de sorcellerie et de charlatanisme ?
Que vous soyez mis en cause ou victime, la solidité de votre position se joue dès la première étape. Si vous êtes mis en cause, nous vous assistons lors de l'interrogatoire, examinons les objets saisis et les conditions de leur saisie, bâtissons la défense sur l'absence d'intention, de connaissance ou de preuve, et nous efforçons de vous épargner l'expulsion ainsi que l'incidence du jugement sur votre certificat de bonne conduite. Si vous êtes victime, nous évaluons d'abord votre situation, puis rédigeons la plainte et en assurons le suivi jusqu'à la récupération de vos fonds. Lire aussi : « Une plainte a été déposée contre moi auprès de la police de Dubaï : que faire ? ».
Les chiffres à connaître
Conseils importants
Ne transportez pas en voyage des effets dont vous ignorez le contenu et n'acceptez pas de dépôts inconnus à faire entrer dans le pays.
N'entrez pas en contact avec les comptes de « guérisseurs spirituels » et ne leur virez pas d'argent : vous pourriez être à la fois victime et mis en cause.
Avant de dénoncer un sorcier, réunissez une preuve matérielle et consultez un avocat, afin que la plainte ne se retourne pas contre vous.
Si vous êtes convoqué pour un interrogatoire dans une affaire de sorcellerie, ne faites aucune déclaration avant d'avoir parlé à votre avocat.
Références juridiques
Décret-loi fédéral n° (31) de 2021 portant promulgation de la loi sur les crimes et les peines, et ses modifications.
Décret-loi fédéral n° (34) de 2021 relatif à la lutte contre les rumeurs et la cybercriminalité, et ses modifications.
Questions fréquentes sur les crimes de sorcellerie et de charlatanisme aux Émirats
Dubaï
Le cabinet AWADH ALMHEIRI LAW FIRM AND LEGAL CONSULTATIONS traite à Dubaï les affaires de sorcellerie et de charlatanisme, en défendant les mis en cause et en représentant les victimes devant le Parquet de Dubaï et les tribunaux de Dubaï, et conseille sur la sanction de la sorcellerie aux Émirats ainsi que sur les crimes de sorcellerie, de charlatanisme et l'escroquerie qui y est liée.
Les autres émirats
Le cabinet plaide également dans les affaires de sorcellerie et de charlatanisme devant tous les tribunaux du pays, à Abou Dhabi, Charjah, Ajman, Oumm al-Qaïwaïn, Ras el-Khaïmah et Fujaïrah.

