Droits des victimes d'erreurs médicales aux Émirats
Les erreurs médicales représentent l'une des questions juridiques les plus sensibles et impactantes dans la vie des individus, car elles peuvent entraîner des dommages graves à la santé et à l'intégrité physique. Avec l'expansion des services de santé et de beauté aux Émirats Arabes Unis, il est devenu urgent de comprendre le cadre juridique qui régit cette responsabilité et garantit aux victimes leurs droits.
Quels droits le droit émirati accorde-t-il aux victimes d'erreurs médicales ?
Tout d'abord : qu'est-ce qu'une erreur médicale selon le droit émirati ?
Le décret-loi fédéral n° (4) de l'année 2016 sur la responsabilité médicale définit précisément l'erreur médicale, considérant comme telle tout acte commis par un professionnel de santé résultant de l'une des causes suivantes :
Ignorance des aspects techniques que chaque praticien de son niveau et spécialité est censé maîtriser.
Non-respect des normes professionnelles et médicales reconnues dans le domaine de la pratique.
Absence de la diligence requise en fonction de la nature de l'état de santé.
Négligence et non-respect des précautions et de la prudence nécessaires lors de l'exercice de la profession.
⚠ Ces dispositions s'appliquent-elles aux salons de beauté et aux centres d'injection et de laser ?
Oui. Les dispositions de ce décret-loi s'appliquent à toute personne exerçant une profession médicale ou des professions connexes dans le pays, y compris les centres de beauté réalisant des procédures médicales telles que les injections de botox, les injections de lunettes, le laser et les opérations esthétiques.
Deuxièmement : les droits du patient avant toute intervention médicale ou esthétique.
La loi garantit au patient un ensemble de droits fondamentaux avant de subir toute intervention, que tout praticien doit respecter sans négligence :
Le consentement éclairé écrit.
Un consentement écrit doit être obtenu du patient majeur avant toute intervention chirurgicale ou médicale, après l'avoir informé des effets et complications possibles. Est considéré apte à donner son consentement toute personne ayant atteint l'âge de dix-huit ans.
Information complète sur la nature de la maladie.
le consentement écrit éclairé
Un consentement écrit doit être obtenu du patient adulte avant toute intervention chirurgicale ou procédure médicale, après l'avoir informé des effets et complications potentiels. Sont considérées comme aptes à donner leur consentement toutes les personnes ayant atteint l'âge de dix-huit ans.
l'information complète sur la nature de la maladie
Le médecin s'engage à informer le patient de la nature de sa maladie, de son degré de gravité et des options de traitement disponibles, sauf si cela est contraire à son intérêt ou si son état psychologique ne le permet pas.
Les examens nécessaires avant la chirurgie
La loi impose de réaliser des examens et des analyses de laboratoire pour s'assurer que l'intervention chirurgicale est nécessaire et appropriée et que l'état de santé permet de la réaliser.
La confidentialité totale des informations médicales
Le médecin est interdit de divulguer les secrets du patient dont il a eu connaissance dans l'exercice de sa profession, sauf dans les cas exceptionnels prévus par la loi.
La présence d'un tiers lors de l'examen
Il est interdit d'examiner cliniquement un patient de sexe opposé sans la présence d'un tiers et l'accord préalable du patient, sauf en cas d'extrême nécessité.
Refus de traitement et sortie volontaire
Le patient pleinement capable a le droit de refuser le traitement ou de demander à sortir malgré les conseils médicaux, à condition de signer une déclaration écrite assumant la responsabilité.
Troisièmement : Exemples pratiques de cas d'erreur médicale
Intervention esthétique — Injection
Injection de produits de beauté dans un centre non autorisé ayant entraîné une déformation permanente.
Une patiente a subi une injection de fillers au niveau du visage sans examen préalable ni obtention d'un consentement écrit, et par une personne non qualifiée médicalement. L'intervention a entraîné une déformation des traits du visage et une douleur chronique.
⚖Cela constitue une grave erreur médicale selon l'article (6), entraînant une indemnisation civile et pouvant engager la responsabilité pénale selon l'article (34).
Erreur chirurgicale — Hôpital
Réalisation d'une opération chirurgicale sans le consentement du patient ou les analyses nécessaires.
Un médecin a réalisé une opération chirurgicale sans obtenir de consentement écrit préalable et sans effectuer les examens diagnostiques requis, ce qui a conduit à des complications de santé graves qui n'auraient pas été inévitables si les normes professionnelles avaient été respectées.
⚖Violation explicite de l'article (8), engageant la responsabilité civile et pénale du médecin et de l'établissement.
Négligence médicale — Clinique
Négligence dans le suivi du patient après l'opération et absence de surveillance des complications.
Un médecin a effectué une intervention médicale puis a négligé le suivi du patient, ne l'informant pas des complications possibles et n'agissant pas immédiatement dès leur apparition, ce qui a aggravé l'état de santé.
⚖Violation des obligations de l'article (4) concernant les soins nécessaires, la surveillance des complications et l'initiative de traitement.
Esthétique — injections de lunettes
Application d'une procédure esthétique visuelle qui a partiellement entravé la vision.
Un centre de beauté a effectué des injections de lunettes sans évaluation médicale de l'œil ni vérification de l'adéquation de la procédure, entraînant une vision altérée et des effets secondaires chroniques.
⚖La responsabilité du centre est entière selon l'article (6), et la victime a le droit de demander une indemnisation par l'intermédiaire de la commission de responsabilité médicale.
Quatrième : comparaison entre la responsabilité civile et la responsabilité pénale
Aspect de comparaison
Responsabilité civile
Responsabilité pénale
Objectif
Réparation du préjudice et indemnisation de la victime
Punition et dissuasion générale
Qui l'initie
La victime ou ses proches devant le tribunal civil
Le ministère public ou une plainte de la victime
Condition préalable
Publication du rapport de la commission de responsabilité médicale
Publication d'un rapport médical final prouvant la faute grave
Résultat
Indemnisation financière pour les dommages matériels et moraux
Emprisonnement et/ou amende selon l'article (34)
Conciliation
Ne supprime pas le droit à l'indemnisation civile
Met fin à l'action pénale et suspend l'exécution de la peine
Responsable
Le médecin, l'établissement et la compagnie d'assurance
Exercice personnel de la profession
Cinquième : indemnisation des dommages et des déformations — détails complets
L'indemnisation due à la victime comprend plusieurs types de dommages évalués par la justice sur la base du rapport de la commission de responsabilité médicale :
Dommage corporel et déformations
L'indemnisation couvre les déformations esthétiques, les cicatrices permanentes et les dommages aux organes. La commission détermine le pourcentage d'incapacité de l'organe affecté pour évaluer la valeur de l'indemnisation.
Dommage psychologique et moral
La victime a le droit de demander une indemnisation pour la souffrance psychologique, le traumatisme et la perte de qualité de vie résultant de l'erreur médicale et de ses conséquences.
Le dommage matériel direct
Il comprend les frais de traitement nécessaires pour corriger le dommage, les coûts des soins de santé futurs et les dépenses engagées par la victime en raison de l'erreur.
Le dommage matériel indirect
Il inclut la perte de revenus due à l'incapacité de la victime à travailler à cause des dommages causés par l'erreur médicale.
Le rôle de la compagnie d'assurance dans l'indemnisation
Les compagnies d'assurance remplacent légalement les établissements de santé dans le paiement des indemnités. Le propriétaire de l'établissement est tenu de payer intégralement les primes d'assurance.
Responsabilité de l'établissement pour le médecin visiteur
L'établissement de santé est responsable de l'indemnisation pour l'erreur du médecin visiteur envers la victime, tout en conservant le droit de recours contre l'auteur de l'erreur.
Sixième : Le processus de plainte et les procédures légales étape par étape
01
Déposer la plainte auprès de l'autorité sanitaire ou du procureur
La victime dépose sa plainte accompagnée du dossier médical et des preuves. Le procureur doit la transmettre directement à l'autorité sanitaire pour qu'elle soit examinée.
02
Transmettre la plainte à la commission de responsabilité médicale
Une commission d'experts composée de médecins de différentes spécialités est désignée par décision du ministre ou du président de l'autorité sanitaire.
03
Émission du rapport motivé par la commission
La commission rédige son rapport dans un délai de 30 jours avec possibilité de prolongation. Il inclut la détermination de l'erreur, sa gravité, les dommages et le taux d'incapacité.
04
Recours devant la commission supérieure (facultatif)
Chaque partie peut faire appel dans un délai de 30 jours devant la commission supérieure de responsabilité médicale. Sa décision est finale et ne peut être contestée.
05
Intenter une action en indemnisation devant le tribunal civil
Après la publication du rapport final, la victime a le droit d'intenter une action civile. Elle n'est acceptée qu'après avoir complété les étapes des commissions conformément à la loi.
ℹ Condition procédurale obligatoire
Les demandes de réparation résultant de la responsabilité médicale ne sont acceptées par les tribunaux qu'après avoir recours aux commissions de responsabilité médicale. Passer par cette étape n'est pas optionnel, mais une condition légale pour l'acceptation de la demande en forme.
Septième : la prescription et les délais de réclamation légale
Type de demande
Durée prescrite
Début de la prescription
Demande de réparation civile pour faute médicale
3 ans
À partir de la date à laquelle la victime a eu connaissance du dommage et de la personne responsable
Délai maximum de prescription indépendamment de la connaissance
15 ans
À partir de la date de survenance de l'acte dommageable
Demande pénale (faute médicale grave)
Soumise aux dispositions du Code de procédure pénale
Varie selon le type de crime et sa peine
⏱ Alerte importante concernant la prescription
La prescription est interrompue dès le dépôt de la plainte auprès de l'autorité sanitaire ou du procureur. Un dépôt précoce de la plainte préserve vos droits et interrompt le délai de prescription. Il est conseillé de consulter un avocat spécialisé dès la découverte du dommage.
Huitième : Quand la responsabilité médicale ne s'applique-t-elle pas ?
Si le dommage n'est pas causé par des raisons de faute médicale définies par la loi à l'article (6)
Si le dommage est dû à l'acte du patient lui-même ou à son refus de traitement ou à son non-respect des instructions médicales
Si le médecin a suivi une méthode médicale différente de celle de ses collègues tant qu'elle est conforme aux normes médicales établies
Si des complications médicales connues se produisent et ne résultent pas d'une faute médicale prouvée
Neuvième : les sanctions prévues par la loi
Infraction
Sanction
Faute médicale grave
Emprisonnement ne dépassant pas un an et amende ne dépassant pas 200 000 dirhams ou l'une d'elles
Faute médicale grave entraînant la mort
Emprisonnement ne dépassant pas deux ans et amende ne dépassant pas 500 000 dirhams ou l'une d'elles
Faute grave sous l'influence d'alcool ou de drogue
Emprisonnement ne dépassant pas deux ans et amende ne dépassant pas un million de dirhams
Pratique de clonage humain ou d'expérimentations sans autorisation
Emprisonnement de deux à cinq ans et amende de 200 000 à 500 000 dirhams
Mettre fin à la vie du patient quelle qu'en soit la raison
Une peine d'au moins dix ans
Dixième : Questions fréquentes
La loi couvre-t-elle les procédures esthétiques dans les salons ?
Oui, les dispositions du décret s'appliquent à quiconque exerce la profession ou des professions connexes dans le pays. Tout centre de beauté réalisant des procédures médicales telles que des injections de botox ou de fillers, des aiguilles de lunettes ou du laser est soumis à cette loi, et il en assume l'entière responsabilité en cas d'erreur avérée.
Que se passe-t-il si le médecin ou le centre refuse de reconnaître l'erreur ?
La personne lésée a le droit de déposer sa plainte directement auprès de l'autorité sanitaire ou du ministère public, et une commission de responsabilité médicale déterminera de manière indépendante et objective si une erreur a eu lieu et sa gravité, sans tenir compte de la position du médecin ou de l'établissement.
Peut-on cumuler une indemnisation civile et une peine pénale ?
Oui, la responsabilité pénale n'exclut pas la responsabilité civile. Même si un règlement est conclu dans l'affaire pénale, le droit de la personne lésée de recourir à la justice civile pour demander une indemnisation reste entier, comme le précise clairement la loi dans l'article (35).
Le médecin est-il obligé d'informer le patient des complications potentielles avant l'opération ?
Oui, la loi oblige explicitement le médecin à informer le patient ou ses proches des complications pouvant découler du diagnostic, du traitement ou de l'intervention chirurgicale avant de commencer, en plus d'obtenir un consentement écrit préalable conformément à l'article (4). Ne pas respecter cette obligation constitue une infraction légale passible de sanctions.
Le médecin peut-il être arrêté immédiatement après le dépôt de la plainte ?
Non. La loi précise dans l'article (24) qu'il est interdit d'enquêter sur les professionnels ou de les arrêter ou de les détenir provisoirement, sauf après réception du rapport médical final de l'autorité sanitaire confirmant l'existence d'une erreur médicale grave.
Quelle est la différence entre une erreur médicale et une complication naturelle ?
La complication médicale est une conséquence potentielle connue qui peut résulter de la procédure, même en respectant pleinement les normes professionnelles, tandis que l'erreur médicale repose sur le manquement du praticien à ses obligations. La commission de responsabilité médicale est l'autorité technique compétente pour les distinguer dans chaque cas.
Le délai de prescription commence-t-il à la date de l'erreur ou à sa découverte ?
Le délai de prescription commence à la date à laquelle la victime a connaissance du préjudice et de la personne responsable, et non à la date de l'erreur. Cependant, la durée maximale est de 15 ans à partir de la date de l'acte dommageable. Le délai est interrompu par le dépôt d'une plainte auprès de l'autorité sanitaire.
Que se passe-t-il si l'établissement n'est pas assuré contre la responsabilité ?
Exercer sans assurance est légalement interdit et expose le propriétaire de l'établissement à des sanctions disciplinaires et à la révocation de son permis. Cependant, l'absence d'assurance n'annule pas le droit de la victime de demander une indemnisation directement auprès de l'établissement ou du médecin.
Onzième : Conseils pratiques pour la victime d'une erreur médicale
Documentez tout
Conservez toutes les prescriptions, rapports médicaux et images avant et après la procédure, car ils constituent une base essentielle pour prouver votre cas devant les commissions et les tribunaux.
Ne tardez pas à porter plainte
Déposez votre plainte dès que possible. Le retard peut affecter la valeur probante des preuves et être confronté à une prescription.
Faites appel à un avocat spécialisé
Les affaires de responsabilité médicale nécessitent une expertise juridique précise dans la rédaction des plaintes, la présentation des preuves et la gestion des commissions d'expertise.
Vérifiez la licence du centre
Avant toute procédure, assurez-vous que le centre ou le médecin est titulaire d'une licence de l'autorité sanitaire et qu'il est assuré contre la responsabilité civile.
Demandez un consentement écrit
Lors de tout acte médical ou esthétique, demandez un document de consentement écrit et assurez-vous qu'il inclut une explication des complications potentielles.
Demandez un second avis médical
En cas de doute sur une erreur médicale, consultez un autre médecin spécialiste pour obtenir une évaluation indépendante qui renforce votre position juridique.
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Avertissement
Les informations contenues dans ce blog ont un caractère légal et informatif général, et sont basées sur les dispositions du décret-loi fédéral n° (4) de l'année 2016 concernant la responsabilité médicale. Ces informations ne constituent en aucun cas un conseil juridique spécialisé et ne doivent pas être utilisées seules pour prendre une décision légale. Les cas juridiques varient selon leurs circonstances et faits, et il est conseillé de consulter un avocat spécialisé pour obtenir des conseils juridiques adaptés à votre situation particulière.