Secteur : Économie et Pratique des Affaires

Responsabilité sociétale des entreprises aux Émirats

Responsabilité sociétale des entreprises aux Émirats

La contribution des entreprises au service de la collectivité n’est plus une simple initiative éthique et volontaire ; aux Émirats arabes unis, elle est devenue un cadre juridique aux contours clairement définis qui régit la manière dont les entreprises affectent une partie de leurs bénéfices au développement communautaire, en fixant les conditions, les mécanismes et les bénéficiaires de cette affectation. Avec la promulgation du décret-loi fédéral sur les sociétés commerciales, puis de la décision du Conseil des ministres réglementant les mesures d’incitation, la responsabilité sociétale est devenue un pilier de la gouvernance des entreprises dans l’État, alliant le caractère facultatif de la contribution à l’obligation réglementaire de la divulguer. Dans ce guide, nous examinons ce cadre en détail afin d’aider les entreprises et leurs conseils d’administration à comprendre leurs droits et leurs obligations.

Qu’est-ce que la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) aux Émirats arabes unis, et comment la loi l’encadre-t-elle ?

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La notion de responsabilité sociétale des entreprises

Le législateur émirien a défini la responsabilité sociétale comme la contribution volontaire au développement communautaire, par l’apport de contributions en numéraire ou en nature (ou les deux) en vue de réaliser des projets et programmes de développement à l’intérieur de l’État. L’essence de cette définition repose sur deux éléments indissociables : le caractère volontaire par principe, et la finalité de développement.

Autrement dit, la responsabilité sociétale n’est ni un impôt ni une redevance imposée à l’entreprise. Il s’agit plutôt d’un instrument permettant de réaliser ce que l’on appelle le « don institutionnel », par lequel l’entreprise s’engage dans le développement de la communauté au sein de laquelle elle opère — renforçant ainsi sa réputation et sa position, tout en contribuant à relever les défis économiques, sociaux et environnementaux.

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Le cadre juridique régissant la responsabilité sociétale

Trois instruments législatifs se complètent pour former le système juridique de la responsabilité sociétale dans l’État, chacun remplissant une fonction distincte :

La loi-cadre

Le décret-loi sur les sociétés commerciales a posé le principe général, autorisant l’entreprise — après approbation de l’Autorité et par décision spéciale — à affecter un pourcentage de ses bénéfices annuels ou accumulés à la responsabilité sociétale, et l’obligeant à le divulguer.

Le règlement d’application

La décision du Conseil des ministres réglementant les mesures d’incitation a fixé les détails pratiques : les conditions, la source de la contribution, le mécanisme de la décision spéciale, la divulgation et le champ d’application aux succursales de sociétés étrangères.

La décision fondatrice et le Fonds

La décision du Conseil des ministres prise en 2018 a institué le Fonds national pour la responsabilité sociétale et posé les bases du système de RSE des sociétés et des établissements ; ses obligations demeurent en vigueur.

Il convient de noter que le décret-loi a fait de la promotion de la responsabilité sociétale des entreprises l’un de ses objectifs déclarés en matière de développement de l’environnement des affaires, puis a expressément délégué au Conseil des ministres le soin d’édicter les règles nécessaires pour inciter les entreprises à assumer leurs responsabilités sociétales et à en organiser les étapes de mise en œuvre — délégation qui s’est ensuite concrétisée dans le règlement d’application.

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Champ d’application : qui est concerné par ces règles ?

Les règles de RSE s’appliquent à la « société » au sens défini par la décision, ce qui recouvre deux grandes catégories :

La société commerciale soumise au décret-loi

C’est-à-dire les sociétés constituées dans l’État sous leurs différentes formes (société en nom collectif, société en commandite simple, société à responsabilité limitée, société anonyme publique et société anonyme privée).

La succursale d’une société étrangère constituée à l’étranger

Dès lors qu’elle exerce son activité à l’intérieur de l’État, elle est soumise aux mêmes règles, compte tenu de la particularité de l’émission de la décision spéciale dans son cas.

Une règle centrale : le caractère volontaire de la contribution

En principe, la contribution communautaire est volontaire ; les actionnaires ou associés n’y sont pas tenus, et elle n’est pas imposée à l’entreprise par contrainte. Toutefois, dès lors que l’entreprise décide de contribuer, elle passe du champ du libre choix à celui de l’obligation, devenant soumise à des règles formelles et substantielles qui doivent être respectées — au premier rang desquelles l’émission d’une décision spéciale fixant le pourcentage de la contribution, puis la divulgation de celle-ci.

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Les règles encadrant la contribution à la responsabilité sociétale

Le règlement d’application a fixé un ensemble de règles à suivre en matière de contributions communautaires, qu’elles soient en numéraire ou en nature, et que l’on peut résumer ainsi :

  • Elle doit être volontaire et avoir un but déterminéLa contribution vise à réaliser le don institutionnel et à participer au développement de la communauté, et à aucune autre fin.
  • Elle doit être versée par les canaux agréésLes contributions sont orientées via les programmes et projets agréés auprès du Fonds national ou d’autres entités habilitées dans l’État, ou via d’autres formes de contributions de RSE.
  • L’écoulement d’au moins un exercice financierUn délai d’au moins un exercice financier doit s’être écoulé depuis la date de constitution de la société avant qu’elle ne contribue.
  • L’émission d’une décision spéciale fixant le pourcentageLa société doit émettre une décision spéciale relative à la contribution, y fixant clairement le pourcentage de celle-ci.
  • Elle doit provenir des bénéfices réalisésLa contribution est prélevée sur les bénéfices réalisés à la clôture de l’exercice financier, et peut provenir des bénéfices non distribués des exercices antérieurs.
  • La divulgation est permise après la clôture de l’exerciceLa société peut divulguer sa contribution communautaire après la clôture de l’exercice financier.
  • L’inclusion dans les rapports financiersLe rapport du commissaire aux comptes et les états financiers annuels doivent mentionner l’entité ou les entités bénéficiaires de la contribution communautaire.

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La source de la contribution : bénéfices réalisés et non distribués

Le législateur a rattaché la contribution communautaire exclusivement aux bénéfices — un rattachement logique qui protège le capital de la société et les droits de ses créanciers. Dans ce cadre, l’entreprise dispose de deux options :

Les bénéfices réalisés à la clôture de l’exercice

La contribution est prélevée sur le bénéfice net de l’exercice financier clos. Elle reflète la capacité de l’entreprise à donner selon ses résultats d’exploitation réels.

Les bénéfices non distribués (accumulés)

Une contribution peut être prélevée sur les bénéfices d’exercices antérieurs n’ayant pas été distribués. Cela offre à l’entreprise une plus grande souplesse quant au moment et à l’ampleur de son don institutionnel.

Le règlement d’application est ainsi cohérent avec le texte du décret-loi, qui a autorisé l’affectation d’un pourcentage des bénéfices annuels ou des bénéfices accumulés, indifféremment.

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La décision spéciale et la fixation du pourcentage de contribution

La contribution communautaire ne naît pas d’une décision administrative ordinaire ; elle requiert une décision spéciale. La décision spéciale — selon la définition figurant dans le règlement d’application — est celle prise par les actionnaires ou les détenteurs de parts lors de l’assemblée générale annuelle, ou par le propriétaire, ou selon les différentes formes de la société, conformément à ce que prévoit le décret-loi.

Pourquoi la loi a-t-elle exigé une décision spéciale ?

Parce que l’affectation d’une partie des bénéfices touche aux droits des actionnaires et des associés sur les distributions. Il était donc logique que la décision soit prise au niveau qui représente la volonté des propriétaires, et qu’elle comporte une détermination explicite du pourcentage de la contribution, afin que celle-ci demeure encadrée et susceptible de divulgation et de contrôle.

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Les domaines agréés de contribution communautaire

Le règlement d’application a offert à l’entreprise un large éventail de domaines vers lesquels orienter ses contributions communautaires — que ce soit via les programmes agréés du Fonds, les entités habilitées ou d’autres formes —, notamment :

Développement économique

Développer la communauté dans les domaines économiques et soutenir une croissance durable.

Développement social

Contribuer à résoudre les problèmes et défis sociaux auxquels la communauté est confrontée.

Développement environnemental

Soutenir les initiatives et projets environnementaux et de durabilité.

Innovation et recherche scientifique

Stimuler l’esprit d’innovation et la recherche scientifique pour résoudre les défis communautaires.

Initiatives humanitaires

Offrir des occasions de développer des campagnes et initiatives humanitaires et communautaires.

Programmes de sensibilisation

Instaurer une culture de la responsabilité sociétale et soutenir les programmes de sensibilisation.

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Le Fonds national pour la RSE et les entités habilitées

Le Fonds national pour la responsabilité sociétale occupe une position centrale dans ce système. Institué par la décision du Conseil des ministres prise en 2018, il constitue le canal agréé pour orienter les contributions des entreprises au travers de ses programmes et projets agréés. Néanmoins, le règlement d’application n’a pas cantonné les contributions au seul Fonds, mais a également permis de les orienter via d’autres entités habilitées dans l’État, ou via d’autres formes de contributions de RSE — laissant aux entreprises la souplesse de choisir le canal le mieux adapté à leurs objectifs.

Une obligation réglementaire à ne pas négliger : la divulgation et le reporting financier

Bien que la contribution soit volontaire, le volet de la divulgation est soumis à des exigences précises. L’entreprise peut divulguer sa contribution après la clôture de l’exercice financier, tandis que le rapport du commissaire aux comptes et les états financiers annuels doivent mentionner l’entité ou les entités bénéficiaires des contributions. Le manquement à cette dernière obligation peut exposer l’entreprise à une mise en cause réglementaire ; il est donc recommandé de documenter les contributions et leurs canaux dès le moment où la décision spéciale est prise.

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La particularité des succursales de sociétés étrangères

Le règlement d’application a tenu compte de la situation des succursales de sociétés étrangères opérant dans l’État, en les soumettant aux mêmes règles par principe, mais en traitant le point de l’émission de la décision spéciale d’une manière adaptée à leur nature :

La société constituée dans l’État

La décision spéciale est prise par les actionnaires ou les détenteurs de parts. Elle intervient lors de l’assemblée générale annuelle, ou émane du propriétaire selon la forme de la société.

La succursale d’une société étrangère

La décision spéciale émane de la société étrangère ou de la personne habilitée selon le cas — conformément à ce que prévoit le contrat de société, tout en respectant les mêmes règles.

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Le rôle des entités gouvernementales et l’octroi d’incitations

Le législateur a tenu à inciter les entreprises plutôt qu’à les contraindre, confiant aux entités gouvernementales fédérales et locales — y compris l’autorité compétente pour les affaires des sociétés dans chaque émirat — le pouvoir d’exercer leurs compétences pour octroyer des incitations aux entreprises qui contribuent à la responsabilité sociétale. Ce rôle incitatif est au cœur même de la philosophie de la décision : encourager le don institutionnel par la récompense et la reconnaissance, plutôt que de l’imposer par la contrainte.

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La continuité des obligations antérieures

Le règlement d’application a confirmé que l’entreprise continue d’exécuter ses obligations conformément aux décisions du Conseil des ministres relatives à sa contribution communautaire, dont la décision de 2018 sur la responsabilité sociétale des entreprises. Autrement dit, la nouvelle décision n’a pas abrogé celle qui l’a précédée ; elle s’est au contraire appuyée sur elle et s’y est intégrée, assurant la continuité du système et la stabilité des obligations des entreprises existantes.

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Questions fréquentes sur la responsabilité sociétale des entreprises

La contribution à la responsabilité sociétale est-elle obligatoire pour les entreprises aux Émirats ?
En principe, la contribution est volontaire et n’est pas imposée à l’entreprise par contrainte. Toutefois, dès lors que l’entreprise décide de contribuer, elle est tenue de respecter des règles précises — notamment l’émission d’une décision spéciale fixant le pourcentage de la contribution, la divulgation après la clôture de l’exercice financier, et l’inclusion dans le rapport du commissaire aux comptes et les états financiers.
Comment la contribution communautaire est-elle financée ? Peut-elle être prélevée sur le capital ?
La contribution est financée exclusivement sur les bénéfices — qu’il s’agisse des bénéfices réalisés à la clôture de l’exercice ou des bénéfices non distribués des exercices antérieurs. Elle ne peut être prélevée sur le capital, afin de protéger le capital de la société et les droits de ses créanciers.
Quelle est la décision spéciale requise pour la contribution communautaire ?
C’est une décision prise par les actionnaires ou les détenteurs de parts lors de l’assemblée générale annuelle, ou par le propriétaire, ou selon les différentes formes de la société en fonction de sa forme juridique, et elle doit fixer clairement le pourcentage de la contribution. C’est une condition essentielle de la validité et de l’encadrement de la contribution.
Une société nouvellement constituée peut-elle contribuer à la responsabilité sociétale ?
Un délai d’au moins un exercice financier doit s’être écoulé depuis la date de constitution de la société avant qu’elle ne contribue ; elle ne peut donc pas contribuer avant l’expiration de ce délai.
Les règles couvrent-elles les succursales de sociétés étrangères opérant dans l’État ?
Oui. Le cadre s’applique à la succursale d’une société étrangère constituée à l’étranger dès lors qu’elle exerce son activité à l’intérieur de l’État. La différence essentielle réside dans l’émission de la décision spéciale, qui émane de la société étrangère ou de la personne habilitée selon le cas, conformément à ce que prévoit le contrat de société.
Quelle est la différence entre une contribution en numéraire et une contribution en nature ?
La contribution en numéraire est versée en montants financiers, tandis que la contribution en nature consiste à fournir des actifs, des services ou des produits. Le règlement d’application autorise les deux types, ou leur combinaison, pour réaliser des projets et programmes de développement dans l’État.
Par l’intermédiaire de quelles entités les contributions communautaires peuvent-elles être orientées ?
Elles peuvent être orientées via les programmes et projets agréés auprès du Fonds national pour la responsabilité sociétale, ou d’autres entités habilitées dans l’État, ou via toute autre forme de contributions de RSE.
Quelle entité a institué le Fonds national pour la RSE ?
Le Fonds national pour la responsabilité sociétale a été institué par la décision du Conseil des ministres prise en 2018, et il constitue l’un des canaux agréés pour recevoir et orienter les contributions des entreprises.
L’entreprise doit-elle divulguer ses contributions communautaires ?
La décision distingue deux choses : la divulgation de la contribution, que l’entreprise peut faire après la clôture de l’exercice financier ; et la mention de l’entité ou des entités bénéficiaires, qui doit figurer dans le rapport du commissaire aux comptes et les états financiers annuels de l’entreprise.
L’entreprise reçoit-elle une contrepartie ou des incitations pour ses contributions ?
La décision a permis aux entités gouvernementales fédérales et locales, y compris l’autorité compétente, d’octroyer des incitations aux entreprises qui contribuent à la responsabilité sociétale, afin d’encourager le don institutionnel.
La nouvelle décision a-t-elle abrogé les obligations des entreprises au titre de la décision de 2018 ?
Non. L’entreprise continue d’exécuter ses obligations conformément aux décisions antérieures du Conseil des ministres relatives à sa contribution communautaire, dont la décision de 2018 ; la nouvelle décision est complémentaire et non abrogatoire.
Vers quels domaines la contribution communautaire peut-elle être orientée ?
Ils comprennent le développement de la communauté sur les plans économique, social et environnemental ; la stimulation de l’esprit d’innovation et de la recherche scientifique ; l’instauration d’une culture de la responsabilité sociétale ; le soutien aux campagnes et initiatives humanitaires et communautaires et aux programmes de sensibilisation ; et d’autres pratiques de RSE.
Une entreprise peut-elle s’exposer à une mise en cause en raison de la responsabilité sociétale ?
La mise en cause n’est pas liée à la contribution elle-même (puisqu’elle est volontaire) ; elle peut en revanche découler d’un manquement aux obligations de divulgation et de documentation qui s’y rattachent, ou d’une violation des règles après la prise de la décision de contribution. Il est donc recommandé de documenter avec précision la décision spéciale ainsi que les contributions et leurs canaux.

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Références juridiques

  • Décret-loi fédéral n° (32) de 2021 relatif aux sociétés commerciales.Décret-loi fédéral
  • Décision du Conseil des ministres n° (79) de 2022 relative aux règles d’incitation des sociétés commerciales à assumer leur responsabilité sociétale.Décision du Conseil des ministres
  • Décision du Conseil des ministres n° (2) de 2018 relative à la responsabilité sociétale des sociétés et des établissements.Décision du Conseil des ministres

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Clause de non-responsabilité

Ce contenu a été élaboré à des fins de sensibilisation juridique générale, sur la base des réglementations et législations en vigueur aux Émirats arabes unis. Il ne constitue pas un conseil juridique pour un cas particulier et ne saurait s’y substituer. Des modifications législatives ultérieures peuvent intervenir ; il est donc recommandé de consulter les spécialistes du cabinet AWADH ALMHEIRI LAW FIRM AND LEGAL CONSULTATIONS pour obtenir un conseil précis et adapté aux faits de chaque affaire.

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