Droit du Travail

Le chèque signé en blanc peut-il être considéré comme un faux ?

Le chèque signé en blanc peut-il être considéré comme un faux ?

Les chèques comptent parmi les instruments de paiement les plus utilisés dans la vie commerciale et économique aux Émirats arabes unis ; les particuliers comme les entreprises s'y appuient pour régler des obligations financières, rembourser des dettes et réaliser des transactions de toute nature. Parmi les questions qui suscitent le plus de débat figure le sujet des chèques signés en blanc — et le fait de savoir si le complètement de leurs données par le bénéficiaire après les avoir reçus du tireur constitue ou non le délit de faux. Cette problématique se pose de manière récurrente dans les litiges commerciaux et civils, voire dans certaines plaintes pénales, en particulier dans les contrats de construction, de fourniture, de partenariat, de financement et de garantie. Dans cet article, nous passons en revue les dispositions régissant le chèque, la notion de chèque signé en blanc, et la différence entre le complètement des données et leur altération, à la lumière de la loi sur les transactions commerciales et des principes jurisprudentiels établis.

Le fait de remplir un chèque signé en blanc par le bénéficiaire est-il considéré comme un faux ?

Premièrement : qu'est-ce qu'un chèque en droit émirien ?

La loi sur les transactions commerciales a défini le chèque comme un effet de commerce contenant un ordre émis par le tireur à la banque tirée de payer, au jour qui y est indiqué comme date de son émission, une somme déterminée d'argent à l'ordre d'un tiers qui est le bénéficiaire, ou à son porteur.

« Le chèque est un effet de commerce contenant un ordre émis par le tireur à la banque tirée de payer, au jour qui y est indiqué comme date de son émission, une somme déterminée d'argent à l'ordre d'un tiers qui est le bénéficiaire, ou à son porteur. »

Il ressort de cette définition que le chèque repose sur trois parties principales :

1
Le tireur
2
Le tiré (la banque)
3
Le bénéficiaire

La loi affirme également que le chèque est un instrument de paiement et non de crédit, et qu'il est exigible dès sa présentation conformément aux dispositions prescrites ; c'est pourquoi le législateur émirien lui a accordé un statut particulier parmi les effets de commerce et a établi des dispositions détaillées relatives à sa création, à sa circulation, à son paiement et à la réclamation de sa valeur.

Deuxièmement : l'importance de la signature sur le chèque

La signature est le pilier essentiel sur lequel repose l'effet de commerce ; elle figure parmi les mentions obligatoires les plus importantes du chèque, et son absence entraîne l'inexistence du chèque et l'absence de tout effet juridique pour lui. Il s'ensuit que la signature est l'expression juridique de la volonté du tireur, qu'elle est ce qui crée son obligation, et qu'elle est le fondement sur lequel reposent toutes les autres mentions.

Apparaît ici l'importance de distinguer entre deux situations juridiquement fondamentales :

Une signature valable émanant du tireur

La signature est réellement émise par le tireur de sa propre volonté, ce qui rend le chèque attribuable à lui et producteur de ses effets.

La falsification de la signature elle-même

La signature est fabriquée ou imitée et n'émane pas du tireur. Nous sommes ici face à un faux véritable, entièrement différent du complètement des données d'un chèque portant une signature valable.

Troisièmement : qu'entend-on par chèque signé en blanc ?

Le chèque signé en blanc signifie que le tireur signe le chèque tout en laissant certaines données vierges pour qu'elles soient complétées ultérieurement. Parmi ses formes les plus courantes : signer le chèque en laissant le montant vierge, laisser la date vierge, ou laisser le nom du bénéficiaire non inscrit.

Cette pratique est répandue dans de nombreuses relations commerciales, notamment :

 

Les contrats de construction.

 

Les accords de fourniture.

 

Les partenariats commerciaux.

 

Les opérations de financement.

 

Les garanties contractuelles.

L'objectif est souvent d'accorder à l'autre partie la possibilité de compléter les données lors de la réalisation de certaines conditions ou lors de la détermination des sommes finales dues.

Quatrièmement : le principe jurisprudentiel établi sur le chèque en blanc

La jurisprudence émirienne s'est fixée sur un principe important dans le traitement des chèques signés en blanc, selon lequel signer un chèque en blanc et le remettre au bénéficiaire indique, en apparence, l'autorisation du bénéficiaire à compléter les données manquantes, et que signer un chèque en blanc sans y inscrire sa valeur ou sa date n'affecte pas la validité de son émission.

« Signer un chèque en blanc, sans y inscrire sa valeur ou sa date, n'affecte pas la validité de son émission, et indique l'autorisation du bénéficiaire à fournir ce qui manque dans les données avant de le présenter au paiement. »

Il découle de ce principe que le seul fait pour le bénéficiaire d'écrire les données manquantes après avoir reçu le chèque signé par le tireur ne suffit pas, à lui seul, à affirmer l'existence d'un faux.

Cinquièmement : pourquoi remplir les données d'un chèque en blanc n'est-il pas un faux en principe ?

Pour répondre à cette question, il faut partir d'un point fondamental : c'est le tireur qui a signé le chèque de sa propre volonté, l'a remis au bénéficiaire et lui a permis de détenir l'effet de commerce. En conséquence, le complètement des données manquantes par le bénéficiaire ne signifie pas automatiquement qu'il a changé la vérité ; au contraire, le principe adopté par la justice est que la remise en blanc indique l'existence d'une autorisation implicite ou apparente de compléter les données.

La règle fondamentale

Le seul fait d'écrire le montant, la date ou certaines des données manquantes sur un chèque portant une signature valable et remis par la volonté du tireur ne constitue pas, en soi, le délit de faux.

Sixièmement : la différence entre le complètement des données et l'altération

C'est ici que réside le point juridique le plus important, car il faut distinguer précisément entre le complètement des données manquantes et l'altération, puisque chacun a sa propre nature et des effets différents :

Le complètement des données

Ajouter les données que le tireur a laissées vierges à l'origine — comme écrire un montant dans une case où aucun montant n'était inscrit, ou une date dans une case vide. C'est la situation traitée par les principes jurisprudentiels relatifs au chèque en blanc.

L'altération

Modifier une ou plusieurs des mentions du chèque après leur inscription — comme modifier un montant écrit antérieurement, changer une date inscrite ou changer des données déjà en place. Ici, les effets juridiques diffèrent entièrement du simple complètement des données manquantes.

Septièmement : une différence d'écriture est-elle une preuve de faux ?

Parmi les moyens de défense les plus fréquemment soulevés en pratique figure l'affirmation selon laquelle « le montant est écrit d'une autre main que la signature » ou que « la date n'est pas de l'écriture du tireur ». Pourtant, ce moyen à lui seul ne suffit pas à prouver le faux, car un chèque signé en blanc, par sa nature même, peut contenir des données écrites de la main d'une personne autre que le tireur. Par conséquent, une différence d'écriture n'est pas une preuve concluante de faux tant que la signature est valable et émane du tireur lui-même.

Huitièmement : la charge de la preuve dans les litiges relatifs au chèque en blanc

Lorsque le tireur allègue que le bénéficiaire a outrepassé les limites de l'autorisation, la charge de la preuve devient une question fondamentale. Le principe établi par la justice est la validité du chèque signé par le tireur ; quiconque allègue le contraire doit produire les preuves à l'appui de sa demande. En conséquence, la seule allégation selon laquelle le montant n'avait pas été convenu ne suffit pas, à elle seule, à parvenir à une conclusion juridique déterminée sans produire les preuves et les documents à l'appui.

Neuvièmement : un avertissement important — le chèque en blanc ne protège pas de la responsabilité pénale

Il est essentiel de noter que le principe jurisprudentiel précédent ne signifie pas que signer un chèque en blanc exonère le tireur de toute responsabilité. La jurisprudence émirienne a affirmé que la remise du chèque au bénéficiaire le met en circulation et fait jouer en sa faveur la protection juridique, et que la responsabilité découlant de l'émission d'un chèque sans provision existante et disponible ne s'éteint pas par l'argument selon lequel le chèque a été remis en blanc.

Méfiez-vous de cette idée fausse

Signer un chèque en blanc et le remettre n'est pas un moyen de sécurité pour le tireur, car il demeure responsable du chèque dès l'instant où il est mis en circulation. Par conséquent, émettre un chèque en blanc sans provision suffisante demeure une affaire lourde de risques juridiques pour le tireur lui-même.

Dixièmement : exemples pratiques courants

 

Premier exemple : un entrepreneur remet au fournisseur un chèque signé en laissant la case du montant vierge jusqu'à l'achèvement des travaux, et le fournisseur y inscrit ultérieurement la somme finale due. Ici, le seul fait d'écrire le montant ne suffit pas à affirmer l'existence d'un faux.

 

Deuxième exemple : un associé remet à son associé un chèque en blanc en garantie de l'exécution d'une obligation, puis les deux divergent sur le montant. Ici, le litige porte sur les limites de l'autorisation et de l'accord, et non sur une simple différence d'écriture ou l'inscription des données.

 

Troisième exemple : une société remet à un fournisseur un chèque signé en laissant la date vierge pour être utilisé à l'échéance, et le fournisseur y inscrit la date et présente le chèque. C'est une forme courante qui ne signifie pas, en soi, qu'un faux a été commis.

Onzièmement : erreurs courantes à éviter

Remettre des chèques en blanc sans nécessité
Évitez de remettre un chèque signé en blanc sauf en cas de besoin réel, et complétez ses données avant la remise dans la mesure du possible.
Ne conserver aucune preuve de l'objet
Conservez toujours la preuve de l'objet du chèque et du montant convenu, ainsi qu'une copie du chèque avant de le remettre.
Se fier aux accords verbaux
Documentez par écrit l'accord relatif au chèque, car un accord verbal est difficile à prouver en cas de litige.
Laisser toutes les données vierges en même temps
Laisser le montant, la date et le nom du bénéficiaire vierges en même temps élargit les limites de l'autorisation et accroît le risque.

Questions fréquentes sur le chèque signé en blanc

Un chèque signé en blanc est-il nul ?
Non. En principe, il n'est pas nul du seul fait d'être signé en blanc, tant que ses données sont complétées avant sa présentation au paiement et que la signature émane du tireur.
L'inscription du montant par le bénéficiaire est-elle considérée comme un faux ?
Pas nécessairement. La justice a établi que la remise en blanc indique l'autorisation de compléter les données manquantes, de sorte que le seul fait d'inscrire le montant ne suffit pas à affirmer un faux.
Une différence d'écriture prouve-t-elle le faux ?
À elle seule, elle ne suffit pas à prouver le faux, car un chèque en blanc, par sa nature, peut être écrit d'une main autre que celle du tireur, tant que la signature est valable et émane de lui.
Un chèque peut-il être contesté après le remplissage des données ?
Cela dépend des faits et des preuves produites dans chaque affaire, que le tribunal compétent apprécie à la lumière de ce qui lui est présenté.
La question diffère-t-elle si des données écrites antérieurement sont modifiées ?
Oui, les effets juridiques peuvent différer, car il ne s'agit pas ici du complètement de données manquantes mais du changement de données existantes, ce qui relève de la notion d'altération.
Un chèque en blanc protège-t-il le tireur de la responsabilité pénale ?
Non. La remise du chèque le met en circulation et fait jouer en sa faveur la protection juridique, et la responsabilité découlant de l'émission d'un chèque sans provision existante et disponible ne s'éteint pas par l'argument qu'il a été remis en blanc.
Est-il permis de remettre un chèque en blanc ?
Cela peut se produire en pratique, mais une extrême prudence est conseillée : complétez les données avant la remise, et documentez par écrit l'objet du chèque et sa valeur.
La signature est-elle la mention la plus importante du chèque ?
Oui. La signature figure parmi les mentions essentielles nécessaires à l'existence du chèque, et son absence entraîne l'inexistence du chèque et l'absence de tout effet juridique pour lui.
Qui supporte la charge de la preuve lorsque le dépassement des limites de l'autorisation est allégué ?
Le principe est la validité du chèque signé par le tireur ; quiconque allègue que le bénéficiaire a outrepassé les limites de l'autorisation doit le prouver par des preuves et des documents.
Peut-on s'appuyer sur un chèque signé en blanc dans les transactions commerciales ?
Cela se produit fréquemment en pratique, mais il est préférable de compléter les données avant la remise dans la mesure du possible, et de documenter l'accord pour éviter les litiges.

Conclusion

Il apparaît que le seul fait pour le bénéficiaire de remplir les données manquantes d'un chèque signé en blanc ne constitue pas, en soi, le délit de faux tant que le tireur a signé le chèque et l'a remis de sa propre volonté, puisque la justice a établi que la remise en blanc indique, en apparence, l'autorisation du bénéficiaire à compléter les données avant de le présenter au paiement. En revanche, il faut distinguer entre le complètement des données manquantes et le changement ou l'altération de données existantes, car chaque situation a ses circonstances et ses effets. Le tireur demeure également responsable du chèque dès l'instant où il est mis en circulation, de sorte que signer en blanc n'est pas un bouclier qui le protège de la responsabilité. Les litiges relatifs au dépassement des limites de l'autorisation ou à l'usage abusif du chèque relèvent du pouvoir du tribunal compétent à la lumière des preuves produites dans chaque affaire.

Références juridiques
  • Décret-loi fédéral n° (50) de 2022 portant promulgation de la loi sur les transactions commerciales — (décret-loi).
  • Les principes jurisprudentiels établis de la Cour suprême fédérale sur le chèque signé en blanc et l'autorisation de compléter ses données.
  • L'ouvrage « Dispositions du chèque dans la loi sur les transactions commerciales » publié par le Département des affaires juridiques du Gouvernement de Dubaï.

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Avertissement juridique

Ce contenu est fourni à des fins de sensibilisation juridique générale uniquement et ne constitue pas un conseil juridique ni un avis juridique définitif. Les résultats juridiques diffèrent selon les circonstances de chaque affaire, les preuves qui y sont produites et ce que conclut le tribunal compétent. Veuillez obtenir un conseil juridique spécialisé adapté à votre situation avant d'entreprendre toute démarche. En cas de divergence dans la traduction, le texte arabe fait foi en tant que référence prépondérante.