Droit du Travail

Licenciement abusif en droit du travail aux Émirats

Licenciement abusif en droit du travail aux Émirats

De nombreux salariés se trouvent soudainement confrontés à une décision mettant fin à leur emploi et se demandent : s'agit-il d'un « licenciement abusif » ouvrant droit à indemnisation ? Et que faut-il faire pour réclamer ses droits ? En réalité, le législateur émirien a mis en place un cadre précis distinguant la rupture licite du contrat de la rupture contraire à la loi, en attachant à chacune des conséquences financières et procédurales déterminées. Dans cet article, nous expliquons quand votre licenciement est considéré comme contraire à la loi, quelle indemnisation vous est due, et surtout : les démarches concrètes que vous devez entreprendre pour recouvrer pleinement vos droits.

Quand le licenciement d'un salarié est-il considéré comme abusif au regard du droit du travail des Émirats arabes unis, et quelles démarches doit-il entreprendre pour recouvrer ses droits ?

 

Premièrement : Qu'entend-on par « licenciement abusif » ? Et la différence avec la rupture illicite

« Licenciement abusif » est une expression couramment utilisée par le public, tandis que le terme juridique retenu dans la législation régissant les relations de travail est « rupture illicite du contrat de travail du salarié ». La loi a défini cette notion de manière étroite et précise : la rupture du contrat de travail du salarié par l'employeur est réputée illicite si le motif de la rupture est le dépôt par le salarié d'une plainte sérieuse auprès du ministère des Ressources humaines et de l'Émiratisation, ou l'introduction par lui d'une action contre l'employeur dont le bien-fondé a été établi. Autrement dit, la loi protège spécifiquement le salarié contre la « rupture de représailles » intervenant en réaction à la défense de ses droits devant les autorités compétentes.

En revanche, la loi exige que la rupture du contrat de travail par l'une ou l'autre des parties intervienne « pour un motif légitime » et soit précédée d'un préavis écrit adressé à l'autre partie. Si l'employeur rompt le contrat sans motif légitime, ou sans respecter le préavis, ou dans les cas protégés par la loi, il en supporte les conséquences en termes d'indemnisation et de droits, comme nous l'expliquerons.

En résumé :

La « rupture pour motif légitime » est une rupture valable dès lors que le préavis et les droits sont respectés ; tandis que la « rupture illicite » est une rupture contraire à la loi qui ouvre droit à une indemnisation équitable s'ajoutant aux autres droits sans les diminuer.

Deuxièmement : Quand la rupture est-elle licite et quand est-elle contraire à la loi ?

La loi régissant les relations de travail énumère les cas de cessation du contrat, en distinguant la rupture avec préavis, le licenciement sans préavis dans des cas limitativement énumérés, et le droit du salarié de quitter son emploi tout en conservant ses droits. Connaître ces limites est la clé pour apprécier si votre licenciement est contraire à la loi.

1) La rupture avec préavis (le principe général)

Chacune des parties au contrat peut le rompre pour un motif légitime, à condition de notifier l'autre partie par écrit et de continuer à travailler pendant la durée du préavis convenue dans le contrat, laquelle ne peut être inférieure à trente jours ni supérieure à quatre-vingt-dix jours. La partie qui ne respecte pas le délai de préavis doit verser à l'autre une « indemnité de préavis » égale au salaire du salarié pour l'intégralité du préavis ou la partie restante de celui-ci.

2) Les cas de licenciement sans préavis (limitatifs)

L'employeur ne peut licencier un salarié sans préavis qu'après une enquête écrite menée avec lui, par une décision de licenciement écrite et motivée, et dans des cas limitativement énumérés, dont les principaux sont :

Usurpation de l'identité d'autrui ou présentation de certificats ou documents falsifiés.
Faute ayant entraîné une perte matérielle grave, ou dommage délibéré aux biens de l'employeur.
Divulgation de secrets d'affaires relatifs à la propriété industrielle ou intellectuelle causant des pertes.
Agression de l'employeur, du directeur responsable, des supérieurs ou des collègues, en paroles ou en actes.
Absence sans motif légitime pendant plus de vingt jours non consécutifs dans l'année, ou plus de sept jours consécutifs.
Prise d'un emploi auprès d'un autre établissement sans respecter les règles prescrites.

Si le salarié est licencié sans préavis en dehors de ces cas, ou sans enquête écrite ni décision motivée, le licenciement devient susceptible de contestation, et le salarié est en droit de réclamer ses droits et l'indemnité de préavis, outre l'indemnisation si les conditions de la rupture illicite sont réunies.

3) Les cas où le salarié peut quitter son emploi sans préavis tout en conservant ses droits

À l'inverse, la loi autorise le salarié à quitter son emploi sans préavis tout en conservant l'intégralité de ses droits à la fin de service dans certains cas, notamment :

• Le manquement de l'employeur à ses obligations prévues au contrat ou par la loi, à condition d'en informer le ministère au moins quatorze jours ouvrables avant de quitter l'emploi, et que l'employeur n'ait pas remédié au manquement malgré sa notification.

• L'agression avérée du salarié par l'employeur ou son représentant, ou l'exposition du salarié à des violences ou à du harcèlement durant le travail, avec notification des autorités compétentes et du ministère dans un délai de cinq jours ouvrables.

• L'existence d'un danger grave menaçant la sécurité ou la santé du salarié, dont l'employeur avait connaissance et qu'il n'a pris aucune mesure pour écarter.

• L'attribution au salarié d'une tâche fondamentalement différente de celle convenue, sans son consentement écrit, en dehors des cas de nécessité.

Troisièmement : L'indemnisation et les droits financiers en cas de licenciement contraire à la loi

La loi attache à la rupture illicite une indemnisation équitable, en plus d'un ensemble de droits qui demeurent acquis au salarié quel que soit le motif de la rupture. Les principaux sont :

3
mois au maximum

L'indemnité de rupture illicite est fixée par le tribunal et ne dépasse pas le salaire de trois mois, calculé sur le dernier salaire.

14
jours pour régler

L'employeur doit verser les salaires et tous les droits dans un délai de quatorze jours à compter de la fin du contrat.

21 / 30
jours par an

Indemnité de fin de service du salarié étranger : 21 jours de salaire pour chacune des cinq premières années, et 30 jours au-delà, sur le salaire de base.

Que vous reste-t-il en plus de l'indemnité ?

L'indemnité de préavis si le contrat a été rompu sans respect du délai de préavis, calculée sur le dernier salaire.

L'indemnité de fin de service due en vertu de la loi à quiconque a accompli un an ou plus de service continu, sans dépasser au total deux années de salaire pour le salarié étranger.

Le solde de congé annuel non utilisé, ainsi que tous autres salaires ou droits prévus par le contrat ou la loi.

La nullité de la clause de non-concurrence si l'employeur a rompu le contrat en violation des dispositions de la loi.

Pour fixer l'indemnité équitable, il est tenu compte de la nature du travail, de l'ampleur du préjudice subi par le salarié et de la durée de son service. L'indemnité de rupture illicite ne porte pas atteinte au droit du salarié à l'indemnité de préavis et à l'indemnité de fin de service qui lui sont dues.

Quatrièmement : Les démarches que le salarié doit entreprendre, étape par étape

La loi a organisé le parcours de règlement des litiges individuels du travail selon une voie accélérée qui commence devant le ministère avant de recourir aux tribunaux. Les étapes, dans l'ordre, sont les suivantes :

Étape 1 — Documenter les faits et rassembler les pièces
Conservez le contrat de travail, les bulletins de salaire, la décision de licenciement ou de préavis, et toute correspondance relative à la cessation d'emploi. Le salarié peut prouver le contrat de travail, le montant du salaire et ses droits par tous les moyens de preuve.
Étape 2 — Déposer une plainte auprès du ministère des Ressources humaines et de l'Émiratisation
Le salarié (ou toute personne y ayant droit en son nom) présente une demande au ministère, qui examine la demande et prend ce qu'il juge nécessaire pour régler le litige à l'amiable entre les parties.
Étape 3 — La décision du ministère pour les demandes jusqu'à 50 000 AED
Si aucun règlement amiable n'est atteint, le ministère statue sur le litige par une décision lorsque la valeur de la demande ne dépasse pas cinquante mille dirhams, ou lorsque le litige porte sur le non-respect par l'une des parties d'une décision de règlement amiable antérieure (quelle qu'en soit la valeur). Cette décision a force de titre exécutoire et est revêtue de la formule exécutoire.
Étape 4 — Contestation devant le tribunal de première instance compétent
Chacune des parties au litige peut introduire une action devant le tribunal de première instance compétent dans un délai de quinze jours ouvrables à compter de la notification de la décision du ministère. Le tribunal fixe une audience dans les trois jours ouvrables suivant l'enregistrement de l'action et statue dans les trente jours ouvrables. Le jugement rendu par le tribunal de première instance sur le fond du litige est définitif, et l'introduction de l'action entraîne la suspension de l'exécution de la décision du ministère.
Étape 5 — Renvoi au tribunal pour les demandes supérieures à 50 000 AED
Dans les cas autres que ceux tranchés par le ministère, et lorsque le règlement amiable n'aboutit pas, le ministère renvoie le litige au tribunal compétent, accompagné d'un mémoire contenant un résumé du litige, les arguments des parties et la recommandation du ministère ; le tribunal statue alors avec célérité.

Garanties importantes pendant le litige :

• Le ministère peut obliger l'employeur à continuer de verser le salaire du salarié pour une durée maximale de deux mois si le litige a entraîné la suspension du versement du salaire.

• Une action n'est pas recevable devant le tribunal de première instance sans le respect des procédures et délais prescrits ; le passage préalable devant le ministère est une condition pour introduire l'action.

Attention au délai de prescription

Aucune action relative à un droit né en vertu de la loi n'est recevable après l'écoulement de deux ans à compter de la date de fin de la relation de travail.

Cinquièmement : L'exemption des frais de justice et des garanties auxquelles on ne peut renoncer

La loi a allégé le fardeau du contentieux pour le salarié et a renforcé ses droits en frappant de nullité toute renonciation à ceux-ci. Parmi les principales garanties :

Exemption des frais : les actions du travail sont exemptées des frais de justice à tous les stades du contentieux et de l'exécution, pour les demandes introduites par les salariés ou leurs héritiers dont la valeur ne dépasse pas cent mille dirhams.
Un minimum incompressible : les droits établis par la loi représentent le minimum, et toute décharge, transaction ou renonciation aux droits nés au profit du salarié est nulle si elle contrevient à ses dispositions.
Protection contre les représailles : la rupture est réputée illicite si elle est due à une plainte sérieuse auprès du ministère ou à une action dont le bien-fondé a été établi.
Privilège sur les biens de l'employeur : les droits du salarié bénéficient d'un privilège sur les biens de l'employeur, recouvrés après les sommes dues au Trésor public et la pension alimentaire légalement prononcée.

Questions fréquentes

+Ai-je droit à une indemnité si je suis licencié sans motif ?
L'employeur est tenu de verser une indemnité équitable fixée par le tribunal s'il est établi que la rupture est illicite, c'est-à-dire si elle est due à votre dépôt d'une plainte sérieuse ou à l'introduction d'une action dont le bien-fondé a été établi. L'appréciation tient compte de la nature du travail, de l'ampleur du préjudice et de la durée du service, l'indemnité ne pouvant dépasser le salaire de trois mois calculé sur le dernier salaire, sans préjudice de votre droit à l'indemnité de préavis et à l'indemnité de fin de service.
+Quelle est la différence entre licenciement abusif et licenciement pour motif légitime ?
Le licenciement pour motif légitime est une rupture valable dès lors que le préavis est respecté et que les droits sont payés. La rupture illicite, en revanche, est une rupture contraire à la loi — au premier rang de laquelle la rupture de représailles en réaction à une plainte ou une action du salarié dont le bien-fondé a été établi — et elle ouvre droit à une indemnité équitable s'ajoutant aux autres droits.
+Quel délai de préavis l'employeur doit-il respecter ?
Le délai de préavis ne peut être inférieur à trente jours ni supérieur à quatre-vingt-dix jours, selon ce que conviennent les parties dans le contrat. La partie qui ne le respecte pas verse à l'autre une indemnité de préavis égale au salaire de l'intégralité du préavis ou de la partie restante de celui-ci.
+Est-ce que je perds mon droit si je tarde à le réclamer ?
Oui. Aucune action relative à un droit né en vertu de la loi n'est recevable après l'écoulement de deux ans à compter de la fin de la relation de travail ; il est donc conseillé de déposer la plainte sans tarder.
+Dois-je payer des frais de justice pour introduire l'action du travail ?
Les actions du travail sont exemptées des frais de justice à tous les stades du contentieux et de l'exécution, pour les demandes introduites par les salariés ou leurs héritiers dont la valeur ne dépasse pas cent mille dirhams.
+L'employeur peut-il me licencier sans préavis ?
Cela n'est permis que dans des cas limitativement prévus par la loi, et après une enquête écrite menée avec vous et une décision de licenciement écrite et motivée qui vous est remise. Parmi ces cas : la falsification, la perte matérielle grave, l'agression, ou l'absence sans motif légitime pendant plus de sept jours consécutifs ou vingt jours non consécutifs dans l'année.
+Ai-je droit à l'indemnité de fin de service si je suis licencié ?
Le salarié étranger à temps plein qui a accompli un an ou plus de service continu a droit à l'indemnité de fin de service à la fin de son service, calculée sur le salaire de base à raison de 21 jours de salaire pour chacune des cinq premières années et 30 jours au-delà, sans dépasser au total deux années de salaire. Le droit à l'indemnité de fin de service est préservé même en cas de licenciement disciplinaire.
+Que faire si l'employeur cesse de verser mon salaire pendant le litige ?
Le ministère peut, pendant le déroulement du litige, obliger l'employeur à continuer de verser votre salaire pour une durée maximale de deux mois si le litige a entraîné la suspension du versement du salaire.
+La clause de non-concurrence est-elle nulle si je suis licencié illicitement ?
Oui. La clause de non-concurrence devient nulle si l'employeur a rompu le contrat de travail en violation des dispositions de la loi.
+Devant quel tribunal contester la décision du ministère ?
Dans les litiges tranchés par le ministère (demandes jusqu'à cinquante mille dirhams), la contestation est introduite devant le tribunal de première instance compétent dans un délai de quinze jours ouvrables à compter de la notification de la décision, et son jugement sur le fond est définitif, l'exécution de la décision du ministère étant suspendue dès l'introduction de l'action.

Références juridiques

• Décret-loi fédéral n° (33) de 2021 relatif à la régulation des relations de travail — Décret-loi fédéral.

• Décret-loi fédéral n° (20) de 2023 portant modification de certaines dispositions du Décret-loi fédéral n° (33) de 2021 — Décret-loi fédéral (modificatif).

• Décret-loi fédéral n° (9) de 2024 portant modification de certaines dispositions du Décret-loi fédéral n° (33) de 2021 — Décret-loi fédéral (modificatif).

• Décision du Conseil des ministres n° (1) de 2022 relative au règlement d'application du Décret-loi fédéral n° (33) de 2021 — Décision du Conseil des ministres (règlement d'application).

• Loi fédérale n° (13) de 2016 relative aux frais de justice devant les juridictions fédérales — Loi fédérale.

Consultation juridique spécialisée

AWADH ALMHEIRI LAW FIRM AND LEGAL CONSULTATIONS

Si votre emploi a pris fin et que vous vous interrogez sur sa licéité, notre équipe juridique vous aide à évaluer votre situation et à entreprendre la démarche correcte dans ses délais.

Évaluation de la licéité du licenciement

Recensement des droits et indemnités

Suivi de la plainte devant le ministère

Représentation devant la juridiction compétente

AWADH ALMHEIRI LAW FIRM AND LEGAL CONSULTATIONS — pour réserver votre consultation juridique, contactez-nous.

Avertissement juridique

Ce contenu est publié dans le cadre de la diffusion de la culture juridique et de la sensibilisation de la communauté. Il a un caractère général et informatif, ne constitue pas un conseil juridique pour un cas particulier, et la législation ou les modalités de son application peuvent évoluer. Chaque situation a ses propres circonstances qui justifient une étude indépendante. Pour un conseil précis concernant votre situation, veuillez contacter le cabinet AWADH ALMHEIRI LAW FIRM AND LEGAL CONSULTATIONS. En cas de divergence dans cette traduction, le texte arabe fait foi.